Une nouvelle tragédie s’est abattue sur la région de l’Extrême-Nord, déjà meurtrie par l’insécurité. Hier mardi 26 août 2025, dans l’arrondissement de Mora, la menace persistante de Boko Haram a refait surface de la manière la plus cruelle qui soit. Cinq enfants, âgés de 7 à 19 ans, ont été enlevés par le groupe terroriste alors qu’ils rentraient des champs sur les flancs du mont Kassa. Ce nouvel enlèvement, qui s’est produit sous les yeux de leurs mères, est une illustration tangible de l’escalade de la violence et de l’impunité qui règne dans la région.
Loin de faiblir, la menace de Boko Haram s’est transformée et amplifiée ces derniers mois, se manifestant par une vague d’enlèvements contre rançon. Les départements du Mayo-Sava, du Mayo-Tsanaga et du Logone-et-Chari sont devenus les épicentres de cette violence ciblée.
Les ravisseurs exploitent le désespoir des familles, les forçant à payer des sommes exorbitantes pour revoir leurs proches, alimentant ainsi un cycle de terreur et de financement pour le groupe.
Après le kidnapping des enfants sur l’axe Kousséri-Maroua, notamment à Zigagué, à bord d’un véhicule appartenant à l’agence de voyage « Touristique Express », l’incident du mont Kassa hier, montre à suffisance que rien ne va plus dans cette région.
Alors que les mères ont été libérées, les cinq enfants dont: Dogdza Wadawa (13 ans), Katala Ruth Clarisse (19 ans), Lamara Sera (10 ans), Tawi Sarah (12 ans) et Vika Daniel (7 ans) sont toujours aux mains de leurs ravisseurs. Leurs noms, leurs âges et les noms de leurs parents, qui nous ont été communiqués, ne sont pas de simples statistiques. Ce sont les visages de l’innocence volée et de familles brisées par la peur.
Ces enlèvements ne sont plus de simples actes de terreur, ils sont devenus une véritable économie criminelle qui prospère sur la misère humaine. Les causes de cette recrudescence de la violence sont multiples et complexes. D’abord, la pauvreté endémique et le manque d’opportunités économiques rendent les jeunes vulnérables au recrutement par des groupes terroristes.
Ensuite, la faiblesse des infrastructures et l’insuffisance de la présence étatique dans certaines zones rurales permettent à Boko Haram d’opérer avec une relative impunité. Le groupe tire également profit de la collusion ou de la négligence de certaines élites locales qui, en détournant le regard, trahissent la confiance de leurs propres communautés. L’abandon de villages entiers, comme on a pu le voir à Mora, est un signe alarmant de cette défaillance.
Face à cette menace grandissante, la population se sent abandonnée. Le sentiment de n’être que des pions dans un jeu mortel est palpable. Il est plus que temps que les autorités prennent des mesures fortes et concrètes pour mettre fin à cette situation.
La protection des civils, en particulier des plus vulnérables, doit être la priorité absolue. L’inaction n’est plus une option.
Issaka Abdoulaye

