Devant la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale, Luc Magloire Mbarga Atangana, Ministre du Commerce, a défendu le projet de budget de son département pour l’exercice 2026. Malgré un contexte international marqué par les perturbations et l’inflation, et un contexte national pesant du fait des crises sécuritaires, le Ministère a présenté un bilan 2025 dynamique et un budget 2026 en forte hausse (+34,81%), axé sur la décentralisation de la régulation des marchés et le leadership diplomatique avec l’organisation de la 14e Conférence Ministérielle de l’OMC.
L’objectif stratégique reste double : soutenir l’exportation et protéger le consommateur contre la « vie chère » et les pratiques illicites.
1. Contexte et Bilan 2025 : La Résilience du Commerce Camerounais, Un Contexte Tendu
Le Ministre a rappelé que l’exécution des programmes 2025 s’est faite sous l’influence de facteurs contraignants : la persistance des perturbations sur les circuits d’approvisionnement (conflit russo-ukrainien), le durcissement des conditions financières mondiales et l’impact de la dégradation climatique sur les rendements agricoles. Au plan national, la crise sécuritaire dans les régions clés de production agricole (Nord-Ouest, Sud-Ouest, Extrême-Nord) a continué de peser sur l’activité agro-industrielle. L’année 2025 a été marquée par une intensification des efforts de régulation et de promotion économique, se traduisant par des chiffres concrets.
Sur le front national, la lutte contre la fraude s’est accentuée, avec le déploiement de 35 000 équipes de contrôle ayant permis de constater 6 373 infractions sur le marché. Parallèlement, le secteur de la Métrologie a œuvré pour l’équité des transactions en vérifiant 5 933 instruments volumétriques et en approuvant 65 nouveaux modèles de mesure. Le Patriotisme Économique a porté ses fruits, comme en témoigne la visibilité accrue du « Made in Cameroon » dans la grande distribution : l’assortiment alimentaire local représente désormais 40% de l’offre chez Carrefour et génère 45% du chiffre d’affaires de cette catégorie.
À l’international, les Exportations ont été soutenues par l’intégration régionale, avec 128 entreprises camerounaises bénéficiant du Régime Préférentiel de la CEMAC, tandis que le Cameroun a renforcé son leadership dans les matières premières en assurant la présidence du Conseil International du Cacao et en accueillant à Yaoundé la 111e session de l’ICCO.
II. Les Grandes Orientations du Budget 2026
Le budget 2026 s’élève à 15,586 milliards de FCFA en crédits de paiement, soit une augmentation de 34,81% par rapport à 2025. Cette hausse s’explique principalement par le transfert de dotations aux Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) pour la construction d’infrastructures marchandes.
1. Programme de Régulation du Marché Intérieur (8,26 milliards FCFA)
Ce programme absorbe la majorité des crédits pour 2026. L’objectif est double : assainir le marché et mettre en œuvre le Plan Intégré d’Import-Substitution Agropastoral et Halieutique (PIISAH). Lutte Anti-Fraude : 141,4 millions de FCFA seront dédiés à l’amplification des interventions des Brigades de Contrôles sur tout le territoire. 200 millions de FCFA sont prévus pour l’acquisition de véhicules destinés à la Brigade Nationale de Répression des Fraudes, notamment pour la surveillance transfrontalière dans le cadre du PIISAH.
Marchés et Décentralisation : Un montant de 3,5 milliards de FCFA sera transféré aux municipalités pour la construction de 57 nouvelles infrastructures marchandes de référence. Vie Chère et Local : 140 millions de FCFA financeront l’organisation de caravanes et de manifestations de vente promotionnelle pour lutter contre la vie chère. Parallèlement, 400 millions de FCFA soutiendront les opérateurs privés travaillant sur la structuration des circuits de distribution des produits du PIISAH (riz, blé « made in Cameroon ») via la BC-PME. E-commerce et Genre : Une enveloppe de 8 millions de FCFA ciblera le développement du commerce électronique au féminin.
2. Programme d’Appui au Développement des Exportations (1,67 milliard FCFA)
La priorité absolue de ce programme est l’événement diplomatique majeur de 2026. Conférence Mondiale de l’OMC : 421 millions de FCFA sont alloués à l’organisation de la 14e Conférence Ministérielle de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), prévue à Yaoundé du 26 au 29 mars 2026. L’enjeu est de « sauver le multilatéralisme commercial ». ZLECAF et Soutien : 34,8 millions de FCFA soutiendront l’encadrement des entreprises (mentorat, dématérialisation des procédures) en vue de l’exploitation de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF). Diplomatie Cacao : L’effort se poursuit pour l’amélioration de la qualité du cacao et le soutien aux producteurs (versement d’une prime qualité de 1,7 milliard de FCFA pour les campagnes 2020-2022).
3. Programme de Métrologie et Juste Prix (949,7 millions FCFA)
Ce programme garantit l’équité et la protection des consommateurs. 81 millions de FCFA sont dédiés à la lutte contre les pratiques anticoncurrentielles. L’accent est mis sur l’intensification des vérifications primitives et périodiques des instruments de mesure (56,3 millions FCFA) et l’élaboration de la Mercuriale des prix (18 millions FCFA).
4. Programme de Gouvernance (5,12 milliards FCFA)
Le volet support vise la modernisation et l’équité : Infrastructure : Poursuite des constructions des délégations régionales du Commerce (Sud-Ouest et Extrême-Nord). Parité : Une étude diagnostique (8 millions FCFA) sera lancée pour la prise en compte du genre dans la planification des politiques commerciales. Outils : Production de l’Annuaire Statistique et animation du Trade Information Portal.
III. Les Structures de Tutelle (Rappel)
Le Ministre a rappelé que l’exécution de ces missions s’appuie sur cinq organismes sous sa tutelle technique : MIRAP (régulation des produits de base), CSPH (hydrocarbures), ONCC (cacao/café), CNAC (concurrence) et CONACO (consommation).
Le budget 2026 du Ministère du Commerce est un budget d’interventionnisme ciblé, privilégiant l’investissement dans les marchés locaux (via les CTD) et les outils de régulation (Brigade des Fraudes). Il envoie un signal fort sur la volonté du Cameroun de sécuriser son économie intérieure tout en affirmant son rôle central sur l’échiquier commercial mondial, notamment en accueillant le sommet de l’OMC.
La Rédaction







