Intégration numérique en Afrique centrale : le Cameroun désigné pour abriter le siège permanent de l’ARTAC

Gazelle D'Afrique

Rapprocher les réseaux, harmoniser les règles et construire un marché numérique sous-régional fluide : l’Afrique centrale vient de franchir un cap décisif dans son ambition d’intégration technologique. Réunis à Libreville les 20 et 21 octobre 2026 dans le cadre de la 4ᵉ Session extraordinaire de la Conférence des régulateurs de l’Assemblée des Régulateurs des Télécommunications de l’Afrique Centrale (ARTAC), les décideurs de la sous-région ont redessiné la gouvernance numérique régionale. Au cœur de cette refonte institutionnelle, le Cameroun s’impose une fois de plus comme le pivot géopolitique et technique de cet écosystème. 

Résolution majeure de ce conclave gabonais, l’établissement du siège permanent de l’ARTAC au Cameroun consacre la maturité institutionnelle de l’organisation. Outre l’accueil physique du siège, la régulation camerounaise — représentée par le Régulateur des télécommunications (ART/TRB), sous la conduite de son Directeur général, le Professeur Philémon Zoo Zame — s’est vu confier la responsabilité de nommer le Secrétaire exécutif de l’organisation, conformément aux mécanismes de rotation prévus par les textes fondamentaux.

Cette double désignation s’inscrit dans une suite logique : depuis la création de l’ARTAC sous l’impulsion de la Conférence des Postes et Télécommunications de l’Afrique Centrale (COPTAC), les fonctions de Secrétariat permanent ont continuellement été assumées par des cadres camerounais. En devenant le régulateur garant de cette gouvernance, le Cameroun voit renouvelée la confiance de ses pairs (Gabon, Congo, RDC, RCA, Tchad, Sao Tomé-et-Principe) pour piloter l’agenda technologique régional.

La rencontre de Libreville ne s’est pas limitée à des arbitrages géographiques ou nominatifs. Elle a permis d’adopter des instruments fondamentaux révisés — Statuts, Règlement intérieur et Règlement financier — conférant à l’ARTAC un cadre opérationnel modernisé. De plus, l’adhésion officielle de l’autorité de régulation de Sao Tomé-et-Principe vient élargir le périmètre géographique de l’organisation, affirmant son attractivité et sa représentativité au moment où la souveraineté numérique devient un enjeu continental.

Pour répondre aux défis de la connectivité transfrontalière, des groupes de travail thématiques ont été officiellement lancés. L’un des projets phares demeure la mise en œuvre effective du roaming sous-régional à moindre coût. L’objectif est direct : faire baisser la facture des communications pour les citoyens en déplacement, stimuler la mobilité intra-communautaire et dynamiser le commerce transfrontalier. Les échanges bilatéraux à Libreville entre le Professeur Philémon Zoo Zame et l’Ambassadeur du Cameroun au Gabon, S.E. Edith Félicie Noëlle Ngaeto Zam, ont d’ailleurs souligné la priorité accordée à l’aboutissement rapide du protocole de roaming entre Yaoundé et Libreville.

Outre l’itinérance, l’ARTAC s’attaque à un obstacle technique critique : la gestion du spectre des fréquences radioélectriques dans les zones frontalières. L’harmonisation renforcée des fréquences doit éviter les interférences préjudiciables, garantir la qualité de service des réseaux cellulaires et optimiser cette ressource rare mais stratégique pour l’extension de la 4G et le déploiement de la 5G.

Enfin, l’adoption de la résolution portant sur l’organisation de l’Observatoire des TIC d’Afrique centrale dotera la sous-région d’un outil de pilotage stratégique. En centralisant la collecte, l’analyse et la diffusion des données sectorielles, cet observatoire offrira aux décideurs et aux investisseurs une lisibilité accrue sur le marché de l’économie numérique en Afrique centrale.

Un leadership stratégique consolidé

Cette 4ᵉ Session extraordinaire marque un tournant dans l’histoire de la régulation en Afrique centrale. En dotant l’ARTAC d’organes renforcés et en choisissant le Cameroun comme ancrage institutionnel, les régulateurs sous-régionaux font le choix de la continuité pragmatique et de la convergence stratégique. Face aux géants technologiques et aux défis de la cybersécurité, l’Afrique centrale se dote d’une voix harmonisée et d’une architecture capable de transformer son potentiel numérique en levier de croissance inclusive.

Correspondance Particulière. Crédits Images : ART

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