Un camion intercepté en provenance du Nigeria a fait l’objet d’une fausse déclaration de la Brigade Commerciale de Kousséri. Contrairement à l’annonce officielle de la douane camerounaise évoquant la saisie de 4 tonnes de méthanol, nos investigations sur le terrain révèlent qu’il s’agit d’une cargaison d’eau de parfum en transit vers le Tchad. Une bévue qui entache la réputation d’un notable local et suscite la colère des opérateurs économiques.
Le 1er juin 2026, la page officielle de la douane camerounaise s’enflammait pour un coup de filet majeur. Les éléments de la Brigade Commerciale de Kousséri annonçaient la saisie de 4 000 kg (soit 4 tonnes) de méthanol, un produit chimique hautement toxique et réglementé. Selon le communiqué initial, cette marchandise circulait en situation d’importation sans déclaration ni autorisation. Intercepté après l’écor d’un camion semi-remorque immatriculé NGL640XA en provenance du Nigeria via Fotokol, le chargement a été immédiatement placé en magasin, un procès-verbal de saisie étant alors annoncé en cours de rédaction.
Cependant, le zèle des agents s’est accompagné d’une légèreté procédurale inédite : la publication citait nommément le propriétaire présumé du véhicule, M. Barka Abouya, représenté par la société SITRASER SARL. Une mise au pilori publique qui a immédiatement fait réagir dans la région de l’Extrême-Nord.
Alertée par le caractère exceptionnel de cette affaire, notre équipe de rédaction s’est immédiatement rendue sur le terrain pour mener des investigations minutieuses. Le résultat des vérifications est sans appel : **l’information relayée par la douane est erronée.
Selon des sources concordantes et vérifiées au cœur de la chaîne logistique, la marchandise incriminée n’est absolument pas du méthanol. Il s’agit en réalité d’une cargaison d’eau de parfum, un produit cosmétique de grande consommation, extrêmement prisé sur les marchés de Kousséri et du Tchad voisin. Plus crucial encore, cette marchandise appartient à un opérateur économique tchadien et ne faisait que transiter par le territoire camerounais. Il ne s’agissait donc pas d’une tentative de contrebande destinée au marché local sans douane, mais d’un flux de transit international standard.
Rencontré le jour même par nos reporters, M. Barka Abouya a exprimé sa stupéfaction face à ces accusations infondées. Personnalité publique de premier plan à Kousséri, son profil cadre mal avec l’image d’un trafiquant de produits chimiques.
Conseiller municipal à la commune de Kousséri et président de la section RDPC Logone-et-Chari Centre-Est, M. Abouya est une figure politique respectée. Connu pour son engagement en faveur du développement de sa région, il est également le président de la ligue départementale de football du Logone-et-Chari, un rôle qui en fait un défenseur de premier plan de l’épanouissement de la jeunesse par le sport. Au vu de ses états de service et de son statut social, l’idée qu’il puisse s’adonner à un trafic illicite de méthanol apparaît, de prime abord, totalement invraisemblable. Par conséquent, il n’est ni de près, ni de loin concerné par cette histoire, car n’étant en aucun cas transitaire, il ne saurait être propriétaire de cette marchandise.
Au-delà de l’erreur sur la nature de la marchandise, c’est la méthode de communication de la Brigade Commerciale qui pose problème. En se précipitant pour publier l’information, la brigade a violé les normes élémentaires qui régissent la communication des institutions officielles. En effet, la déontologie interdit la divulgation des noms de personnes présumées coupables avant l’issue des enquêtes administratives ou judiciaires. Un traitement de défaveur flagrant, quand on sait que de multiples saisies d’envergure ont lieu sur l’ensemble du territoire national sans qu’aucun nom ne soit jamais jeté en pâture à l’opinion publique.
Cette affaire administrative semble être la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Dans les couloirs du commerce transfrontalier, les langues se délient : plusieurs plaintes de transitaires circulent actuellement contre les méthodes de la Brigade Commerciale de Kousséri, dénonçant des excès de zèle à répétition.
Face à ce dysfonctionnement qui fragilise le climat des affaires, les regards se tournent désormais vers la hiérarchie. Le Chef Secteur des douanes de l’Extrême-Nord est vivement interpellé pour remettre de l’ordre au sein de cette brigade.
Reconnu pour son sens élevé des responsabilités, sa transparence et son attachement au dialogue permanent entre l’administration douanière et les opérateurs économiques, le Chef Secteur devra agir vite. En cette période de résilience économique où le Cameroun a cruellement besoin de fluidifier ses échanges avec ses voisins d’Afrique centrale, les erreurs d’appréciation et le harcèlement des partenaires économiques n’ont plus leur place.
Arsène Nna

