La tension monte sur les axes routiers camerounais. Un incident isolé survenu dans la nuit du 2 au 3 décembre 2025 à l’entrée de Méiganga (axe Ngaoundéré-Garoua Boulaï) a dégénéré en une grève nationale des camionneurs, soutenue par les populations locales. Au cœur de la crise, un chauffeur de poids lourd giflé par un gendarme a bloqué la route, déclenchant un « embouteillage monstre » et la fureur collective contre un poste de contrôle accusé d’être un pôle de racket et de corruption. Cet événement met en lumière la non-coordination des administrations et le mépris flagrant de certaines Forces de Maintien de l’Ordre (FMO) et Forces de Défense et de Sécurité (FDS) pour les instructions ministérielles censées apaiser le climat postélectoral et sécuriser les corridors vitaux du pays.
La réaction épidermique des transporteurs et des riverains à Méiganga est bien plus qu’une simple solidarité corporatiste. Elle est l’expression d’une exaspération chronique face aux tracasseries policières et gendarmes qui persistent sur les axes routiers, en dépit des engagements pris par l’État.
Le Collectif des Syndicats de Transport Routier Basé dans la Région du Littoral (CSTRL) avait déjà interpellé le Ministre des Transports (MinT) le 10 novembre 2025, dénonçant le fait que les administrations concernées ne daignent pas appliquer les mesures gouvernementales pourtant convenues lors d’une réunion post électorale. Ces mesures incluaient la suppression des contrôles routiers des FMO et la suspension de l’obligation de pesage routier sur les corridors, dans un contexte de remous sociaux postélectoraux.
L’incident de Méiganga vient confirmer le défaut de cohabitation entre les administrations et la persistance d’un climat d’impunité. La Fédération des Organisations Syndicales Autonomes des Transports (FOSAT) rappelle qu’une récente sortie du MinT avait explicitement demandé d’orienter les contrôles vers la sensibilisation, mais les FMO continuent, selon elle, à « n’en faire qu’à leur tête ».
L’indignation collective des populations de Méiganga est révélatrice : le poste de gendarmerie était unanimement perçu comme un lieu de « corruption à ciel ouvert » et un pôle de racket, non seulement pour les chauffeurs, mais pour les populations riveraines. Ce comportement est symptomatique d’un népotisme institutionnel où certains agents des forces de défense et de sécurité, en service aux postes de contrôle, s’estiment au-dessus des lois et des directives ministérielles.
Leur mépris des résolutions et leur persistence dans des pratiques abusives minent la crédibilité du Gouvernement auprès des professionnels et du grand public. La FOSAT insiste sur le fait que l’exigence des camionneurs à savoir la garantie que le poste de contrôle ne sera pas rétabli est légitime, car elle découle de revendications « itératives » et de l’absence de réaction gouvernementale.
Sans une intervention immédiate et l’application effective des mesures décidées, la rupture avec les organisations socio-professionnelles risque de conduire à une « désolidarisation » des transporteurs de toute gestion de mouvement, laissant craindre une paralysie des axes stratégiques du pays.
Abdel Kader Ibrahima






