​Cameroun – Türkiye : Le Sud frappe fort à Istanbul

Gazelle D'Afrique

Il y a des déplacements institutionnels qui relèvent de la figuration protocolaire, et d’autres qui marquent une rupture stratégique. La mission menée en Türkiye par le Président du Conseil Régional du Sud, Éric Gervais Ndo, s’inscrit résolument dans la seconde catégorie. Accompagné du Questeur Ekoro Ovono Casimir et du Secrétaire Général Joël Henry Bothe, avec le soutien actif de la représentation diplomatique camerounaise, l’exécutif régional est venu porter ses grands projets au cœur de la capitale économique turque. Au centre des discussions : une séance de travail capitale avec Summa Group, l’un des géants mondiaux de l’ingénierie et du BTP.

Ce voyage matérialise un virage doctrinal majeur dans le processus de décentralisation au Cameroun. Historiquement dépendantes des arbitrages budgétaires centraux de Yaoundé, les collectivités territoriales décentralisées de nouvelle génération font le pari de l’autonomie stratégique. En allant démarcher directement l’un des acteurs les plus agressifs du BTP international, la région du Sud passe d’une posture de demandeuse d’aides à celle de partenaire économique proactif.

Le choix de Summa Group est loin d’être anodin. Depuis sa création en 1989 à Istanbul, le groupe s’est imposé comme un spécialiste incontournable des projets d’infrastructures lourdes « clés en main ». Actif sur quatre continents avec plus de 5 500 employés, le conglomérat turc s’est forgé une solide réputation en Afrique subsaharienne grâce à sa capacité de livraison rapide sur des chantiers emblématiques : le Kigali Arena au Rwanda, le Stade Abdoulaye-Wade au Sénégal ou encore le complexe parlementaire de la Cité de la Démocratie à Libreville.

Devant la direction de Summa, la délégation du Sud a déployé une feuille de route axée sur la valorisation du potentiel industriel, logistique et touristique de la région. Le dossier présenté s’articule autour de trois piliers majeurs d’infrastructures :

* Logistique et connectivité : Un projet d’aéroport international de fret à Kribi pour appuyer les activités du port en eau profonde, combiné à la modernisation et à la mise aux normes de l’aéroport régional d’Ebolowa pour désenclaver la région.

* Transition énergétique et réseau : Le déploiement d’une centrale solaire stratégique pour sécuriser l’approvisionnement des zones industrielles, assorti d’un programme ciblé de réhabilitation des axes routiers prioritaires.

* Attractivité, tourisme et urbanisme : Le développement d’une marina à Kribi, l’édification d’un complexe hôtelier 5 étoiles d’envergure et le lancement d’un vaste programme de logements sociaux pour accompagner la croissance démographique.

Ces projets traduisent une vision intégrée : connecter la région au commerce mondial tout en dotant ses villes principales d’équipements de haut standing.

L’intérêt manifesté par le groupe turc, qui a d’ores et déjà sollicité la transmission des données techniques complémentaires, constitue un premier indicateur favorable. Toutefois, le véritable défi ne réside pas dans la phase d’instruction mais dans l’ingénierie financière.

Pour transformer ces intentions en chantiers concrets, le Conseil Régional devra structurer des montages crédibles — qu’il s’agisse de Partenariats Public-Privé (PPP), de contrats EPC (Ingénierie, Approvisionnement, Construction) ou de mécanismes d’ingénierie financière garantis. Il faudra également veiller au strict alignement de ces initiatives avec la Stratégie Nationale de Développement (SND30).

En rompant avec la passivité institutionnelle, le Conseil Régional du Sud livre une démonstration d’agilité politique. Si ces démarches aboutissent, Istanbul pourrait bien devenir le catalyseur de la modernisation des infrastructures du Sud camerounais.

Al Mustapha Ismael

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