Cameroun : Le Plan de Reconstruction de l’Extrême-Nord en panne d’exécution.

Gazelle D'Afrique
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L’Extrême-Nord du Cameroun, région durement éprouvée par les exactions de Boko Haram et déjà en proie à un déficit criant d’infrastructures, attend toujours de voir la concrétisation du très prometteur Programme Spécial de Reconstruction et de Développement (PSRDREN). Officialisé en mai 2022 par le gouvernement avec une enveloppe théorique de quelque 1822 milliards de FCFA, ce plan présidentiel, censé ressusciter la région, semble s’être enlisé dans une fâcheuse léthargie. Cinq mois après sa création, la nomination de ses responsables, puis un silence radio quasi-total sur l’état d’avancement des travaux, contrastent avec l’urgence du terrain et soulèvent une interrogation majeure : où est passé le « Plan Biya » pour l’Extrême-Nord ?

L’espoir a été grand. L’annonce, dès septembre 2021, d’un Programme Spécial de Reconstruction et de Développement pour l’Extrême-Nord (PSRDREN) a été saluée comme une bouffée d’oxygène par des populations sinistrées. L’objectif était clair et ambitieux : le relèvement socio-économique durable, la reconstruction des écoles, centres de santé, réseaux électriques détruits, le développement de nouvelles infrastructures (routes, adduction d’eau) et le renforcement de la résilience climatique.

Cependant, le calendrier des faits révèle une lenteur déconcertante, signe d’une possible inertie administrative. Septembre 2021 : Annonce initiale du programme. 24 Mai 2022 : Formalisation par l’Arrêté n° 044/CAB/PM, créant officiellement le PSRDREN. 4 Novembre 2022 : Nomination du Coordonnateur et de son adjoint, soit cinq mois après la création du Programme. Ce décalage initial, loin d’être anodin, a planté le décor d’une mise en œuvre laborieuse. Malgré la nomination de ses dirigeants, le Programme, malgré ses nobles ambitions, s’est installé dans une discrétion inquiétante.

Depuis la prise de fonction de ses responsables, les échos du PSRDREN sur le terrain sont rares, voire inaudibles pour la majorité des habitants. Si les travaux d’état-major se concentrent, comme annoncé, sur la coordination, la mobilisation de fonds auprès des partenaires (Banque Mondiale, BAD, etc.) et l’élaboration de documents-cadres, la traduction concrète de ces efforts en chantiers visibles et en communication régulière fait cruellement défaut.

Les axes de travail sont pourtant vitaux : Reconstruction des infrastructures (écoles, centres de santé). Développement de nouvelles routes pour relancer l’activité économique. Soutien direct aux populations pour leurs activités agro-pastorales et artisanales.

Dans une région où le manque criant d’infrastructures publiques (routes impraticables, hôpitaux sous-équipés, écoles délabrées) continue de paralyser la vie quotidienne et de fragiliser les communautés, l’absence de communication claire sur l’état d’avancement des projets majeurs est perçue comme un abandon. Les populations, qui ont tout misé sur ce plan pour tourner la page des crises sécuritaires, restent dans l’expectative.

Le coût estimatif du PSRDREN s’élève à environ 1822 milliards de FCFA. Une somme colossale qui témoigne de l’ampleur du défi et de l’engagement attendu de l’État et de ses partenaires. Des sources indiquent que des efforts de mobilisation financière sont en cours, notamment pour des projets d’envergure. Cependant, l’opacité entourant l’utilisation des fonds et l’état des décaissements contribuent à la frustration générale.

L’État du Cameroun, et plus particulièrement le Comité de pilotage présidé par le MINEPAT, doit rendre compte aux populations de l’Extrême-Nord. Quels chantiers ont été effectivement lancés ? Quel est le taux d’exécution physique et financier du Programme ? Quelles mesures sont prises pour briser cette inertie et garantir que les financements promis se transforment en réalité sur le terrain ?

Face à l’urgence humanitaire, économique et sociale, le PSRDREN ne peut rester un simple titre d’Arrêté ministériel. L’Extrême-Nord ne demande pas seulement des intentions, mais des actions concrètes et visibles. Le temps presse, et la patience des populations s’effrite à mesure que le plan de reconstruction s’enfonce dans le silence.

Il est impératif que le gouvernement passe du discours à la vitesse supérieure pour honorer l’engagement présidentiel et redonner espoir à l’une des régions les plus vulnérables du pays.

Arsène Nna

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