Le « Global Attractiveness Index 2025 » a mis en lumière un revirement inattendu en Afrique centrale : le Tchad (22e rang africain) a surpassé le Cameroun (27e rang africain) en matière d’attractivité pour les investisseurs étrangers. Cette performance tchadienne n’est pas fortuite; elle découle d’une stratégie de rupture claire et d’une forte impulsion politique incarnée par la vision « Tchad Connexion 2030 ». À l’inverse, le Cameroun, malgré son potentiel intrinsèque, est freiné par l’inertie administrative et la lenteur d’exécution de ses réformes, ce qui a sapé la confiance des investisseurs internationaux.
Le succès du Tchad dans ce classement s’explique par une approche proactive qui tranche avec son environnement économique historique. Le Président Mahamat Idriss Deby Itno a réussi à créer un signal fort de changement à travers le concept « Tchad Connexion 2030 ». Cet engagement de haut niveau se traduit par des réformes ciblées qui ont eu un impact immédiat sur la perception des investisseurs :
Simplification Ciblée : Le pays s’est concentré sur la création de guichets uniques efficaces et la numérisation pour alléger les procédures administratives, un point critique du climat des affaires. Incitation Fiscale : Mû par l’impératif de survie et la nécessité de diversifier son économie au-delà du pétrole, le Tchad a mis en place des incitations agressives et des exonérations spécifiques dans des secteurs porteurs comme l’agriculture et les énergies renouvelables.
Sécurité des Partenariats : Malgré son enclavement, le Tchad a compensé par un accent mis sur la stabilité régionale et le renforcement des alliances stratégiques, rassurant ainsi sur la sécurité des investissements à long terme.
Le Cameroun, puissance économique de la CEMAC avec un accès à la mer et un marché intérieur plus vaste, est paradoxalement pénalisé par son propre fonctionnement. L’analyse des politiques d’investissement montre que l’attractivité du pays est minée par des défis structurels chroniques :
Bureaucratie Lourde : Malgré l’existence du Centre de Formalités des Entreprises, les procédures restent longues, coûteuses et opaques. Cette inertie administrative et la corruption perçue sont les principaux freins cités par les investisseurs. Goulets d’Étranglement Logistiques : Les investisseurs soulignent la congestion du Port de Douala et la lourdeur logistique des axes routiers, ce qui augmente significativement les coûts opérationnels et réduit la compétitivité.
Lenteur d’Exécution : Des programmes ambitieux comme la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 souffrent d’une exécution diffuse et lente, empêchant les réformes annoncées de se traduire concrètement et rapidement sur le terrain.
L’écart entre les deux pays ne reflète pas nécessairement un environnement plus hostile au Cameroun, mais plutôt une différence dans la dynamique de réforme. Le Tchad a réussi à générer un fort momentum et une perception de progression rapide grâce à une stratégie ciblée et bien communiquée.
Le Cameroun, au contraire, est jugé à l’aune de son potentiel et est sanctionné pour l’incapacité de son administration à lever rapidement les freins bureaucratiques et logistiques qui persistent depuis des années.
Pour le Cameroun, regagner des places exigera de dépasser la simple annonce de réformes pour garantir leur application rapide, transparente et sans faille, afin de rassurer les multinationales sur la sécurité juridique et l’efficacité opérationnelle.
Arsène Nna
