Un tête-à-tête historique au Palais de la République redessine les contours de la candidature de l’ancien président sénégalais à la tête des Nations unies. Reçu par son successeur pour solliciter l’appui de son pays, Macky Sall tente de surmonter le blocus de l’Union africaine en jouant la carte de la continuité de l’État.
C’est une image que peu d’observateurs auraient osé prédire il y a encore quelques mois. Ce vendredi 17 juillet 2026, l’ancien président Macky Sall a franchi les grilles du Palais de la République à Dakar pour être reçu en audience par son successeur, le président Bassirou Diomaye Faye.
Officiellement, l’ancien chef de l’État (2012-2024) venait informer « de vive voix » le locataire actuel du Palais de sa candidature officielle au poste de Secrétaire général de l’ONU, initiée dès la fin d’année 2025. Officieusement, il s’agissait d’une opération de sauvetage diplomatique de haute volée.
Cette rencontre marque un tournant spectaculaire dans ce feuilleton international. En mars dernier, la candidature de Macky Sall — initialement parrainée par le Burundi — s’était heurtée au veto d’une vingtaine d’États membres de l’Union africaine (UA) et aux vives réserves des nouvelles autorités sénégalaises.
En acceptant de recevoir son ancien rival avec « courtoisie », le président Bassirou Diomaye Faye pose un acte politique fort. Ce face-à-face, qualifié par la présidence de « symbole de la continuité de l’État et de la permanence des institutions », permet de dépasser les clivages partisans pour faire primer l’intérêt de la diplomatie sénégalaise. Macky Sall s’est d’ailleurs engagé à « rendre compte régulièrement » au chef de l’État de chaque avancée du processus.
Le calendrier s’accélère à New York, le mandat d’António Guterres touchant à sa fin le 31 décembre 2026. Pour Macky Sall, l’enjeu de cette visite à Dakar était vital :
* Laver le camouflet de l’UA : Sans l’onction officielle de son propre pays, une candidature au secrétariat général de l’ONU est historiquement vouée à l’échec face au Conseil de sécurité.
* Apaiser le front intérieur : Cette démarche courtoise vise à désamorcer les critiques d’une partie de la société civile et des députés de la majorité qui s’opposaient farouchement à son ambition internationale.
L’horizon de l’ancien président s’éclaircit légèrement, mais le chemin reste semé d’embûches.
| Atouts majeurs | Obstacles persistants |
|—|—|
| **Une stature d’homme d’État :** Douze ans à la tête du Sénégal et une présidence remarquée de l’Union africaine lui confèrent un réseau international dense. | **L’absence de consensus continental :** Le blocage initial de l’UA laisse des traces et l’Afrique avance divisée, au risque de voir d’autres régions (comme l’Amérique latine) remporter le poste. |
| **La carte de la normalisation :** L’image d’une transition pacifique et de cette audience républicaine rassure les partenaires occidentaux sur sa légitimité démocratique. | **Le calendrier onusien :** Les auditions s’intensifient et la concurrence internationale (notamment la Chilienne Michelle Bachelet) a pris une longueur d’avance pendant que Dakar réglait ses différends. |
En obtenant l’écoute attentive de Bassirou Diomaye Faye, Macky Sall réussit à réintroduire le Sénégal dans son équation. Reste à savoir si cette « hauteur républicaine » affichée à Dakar se transformera en un soutien diplomatique actif et agressif sur la scène internationale, indispensable pour espérer diriger le monde depuis New York.
Correspondance Particulière

