Moins d’une semaine après le limogeage brutal d’Ousmane Sonko, la passation de service officielle avec le nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, acte un virage à 180 degrés au sommet de l’État. En installant cet ancien banquier central à la Primature, le président Bassirou Diomaye Faye siffle la fin de la république des meetings et inaugure le temps de la rigueur macroéconomique. Décryptage d’une transition feutrée mais lourde de sens.
L’image symbolise à elle seule le changement d’époque. D’un côté, Ousmane Sonko, tribun charismatique et figure de proue de la rupture souverainiste, cède son fauteuil. De l’autre, Ahmadou Al Aminou Lô, économiste chevronné et ancien haut cadre de la BCEAO (Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest), s’y installe. Cette passation de pouvoir, orchestrée dans les règles de l’art républicain, valide l’émancipation définitive du président Bassirou Diomaye Faye face à son ancien mentor.
Le limogeage d’Ousmane Sonko le 22 mai dernier s’apparentait à un saut dans l’inconnu. Beaucoup redoutaient une déflagration populaire ou un blocage des institutions. Pourtant, la réponse du chef de l’État a été purement technique et stratégique.
En nommant Ahmadou Al Aminou Lô, le président Faye choisit un homme de dossiers qui connaît par cœur les rouages de l’État. Ministre secrétaire général du gouvernement puis ministre d’État chargé du pilotage de l’Agenda « Sénégal 2050 », ce haut fonctionnaire maîtrise les chiffres et, surtout, parle le langage des bailleurs de fonds. Ce choix est un signal fort envoyé aux marchés internationaux et au FMI, alors que le Sénégal traverse une phase délicate de renégociation de sa dette publique.
L’installation du nouveau Premier ministre redéfinit profondément les équilibres du pouvoir à Dakar : Restauration de la hiérarchie : L’époque de la dyarchie, où le Premier ministre rivalisait d’influence avec le président, est révolue. Ahmadou Al Aminou Lô est un exécutant de premier ordre, pas un rival politique. L’autorité présidentielle est pleinement restaurée. Priorité aux résultats : En qualifiant sa mission de « sacerdoce » et en annonçant un gouvernement « de mission, d’actions et de résultats », le nouveau chef du gouvernement siffle la fin des joutes idéologiques pour se concentrer sur l’urgence sociale et économique. Neutralisation de la rue : Le style sobre et la transition pacifique entre les deux hommes désamorcent temporairement la colère des militants d’Ousmane Sonko. La passation s’est faite sans heurts, privant l’opposition interne d’un prétexte à l’affrontement immédiat.
L’arrivée d’Ahmadou Al Aminou Lô à la Primature résout la crise institutionnelle immédiate, mais elle ouvre un nouveau chapitre aux défis immenses. Un profil de technocrate saura-t-il contenir les velléités de revanche politique d’Ousmane Sonko, qui conserve une base électorale jeune et ardente ? De plus, la mise en œuvre de réformes économiques rigoureuses exigées par les institutions financières mondiales risque de se heurter aux promesses de campagne de 2024.
En transformant une crise de palais en une opportunité de réajustement technique, Bassirou Diomaye Faye prouve qu’il maîtrise le calendrier politique. Le temps de la conquête et du verbe est passé ; pour le nouveau duo exécutif, l’heure de vérité commence maintenant.
Correspondance Particulière

