De la poussière des cours d’écoles de quartier aux hautes instances de l’administration scolaire, le parcours de Mohamat Abba Kebir est un hymne à l’abnégation et à la passion pour le savoir. Celui qui a commencé comme « Maître des parents » à Kousseri est aujourd’hui un expert reconnu, une figure de proue de l’éducation en situation d’urgence et un auteur engagé. Portrait d’un homme de terrain dont la vie se confond avec l’histoire éducative de l’Extrême-Nord.
Les racines du dévouement : L’école de la résilience
Rien ne prédestinait cet enfant du Logone-et-Chari à une telle ascension, si ce n’est une volonté de fer. Son histoire commence là où les besoins sont les plus criants. Mohamat Abba Kebir fait ses premières armes comme « Maître des parents » à la première école annexe de Kousseri. Dans ce rôle ingrat mais essentiel, où la communauté supplée l’absence de l’État, il comprend que l’enseignement est d’abord un sacerdoce.
Son engagement ne s’arrête pas là. On le retrouve tour à tour professeur vacataire au Lycée mixte de Kousseri, puis professeur bénévole au CES de Goulfey. Pendant ces années, il forge son expertise au contact direct de la précarité. C’est sur ce terrain fertile qu’il cultive sa vision d’une école qui doit être présente pour tous, quels que soient les moyens.
Le bâtisseur de Magala-Kabir : 11 ans au service de la base
Le tournant de sa carrière s’opère à l’école publique de Magala-Kabir, qu’il dirige pendant onze années consécutives. Onze ans de combat quotidien contre l’analphabétisme, l’abandon scolaire et, déjà, l’absentéisme qu’il dénoncera plus tard dans son ouvrage. À Magala-Kabir, il n’est pas qu’un directeur ; il est le pivot d’une communauté, l’architecte d’un futur possible pour des centaines d’enfants.
Sa soif d’apprendre et de se perfectionner le conduit ensuite à l’École Normale Supérieure (ENS) de Maroua pour deux ans de spécialisation. Fort de ce nouveau bagage, il passe de la formation des élèves à celle des maîtres. Enseignant à l’ENIEG (École Normale d’Instituteurs de l’Enseignement Général) de Mokolo, puis Secrétaire Général à l’ENIEG de Kousseri, il devient le formateur de ceux qui auront la charge d’éduquer la nation.
L’expert des situations d’urgence et l’architecte du système
La reconnaissance de ses pairs et de sa hiérarchie le propulse vers des responsabilités régionales. Au sein de la Délégation Régionale de l’Éducation de Base de l’Extrême-Nord, il devient Conseiller Pédagogique Régional (CPR) en charge des Thématiques Émergentes. Dans une région éprouvée par des crises multiples, il s’impose comme un formateur de référence en « Éducation en Situation d’Urgence ».
Sa nomination en tant qu’Inspecteur de l’Éducation de Base (IAEB) à Kousseri vient couronner une carrière exemplaire. Mais l’homme ne s’arrête jamais aux titres administratifs. Il reste un chercheur infatigable, étudiant à l’Institut d’Art Oratoire de N’Djamena et membre influent de plusieurs bureaux nationaux et comités de développement, notamment celui du Sultanat de Goulfey.
L’architecte de la modernité scolaire et le pilier administratif
Le parcours de Mohamat Abba Kebir est marqué par une double compétence : la rigueur administrative et l’innovation pédagogique. En tant que Surveillant Général, il a su instaurer un cadre de discipline et de travail propice à l’excellence, une étape cruciale de sa carrière où il a appris à gérer la complexité humaine des grands établissements. Mais c’est dans ses fonctions de Conseiller Pédagogique Régional (CPR) en charge des Technologies Éducatives à la Délégation Régionale de l’Éducation de Base de l’Extrême-Nord qu’il déploie sa vision d’avenir. À ce poste stratégique, il œuvre pour que le numérique et les outils modernes ne soient plus un luxe, mais un levier de réussite accessible à chaque enfant, même dans les zones les plus enclavées du département.
Le « Baobab » : Un leadership enraciné dans le cœur des populations
Au-delà des titres officiels, c’est sa dimension sociale qui force l’admiration. Véritable rassembleur et meneur d’hommes, Mohamat Abba Kebir a su transformer la relation entre l’école et la communauté. Son passage dans les localités de Hile Alifa et de Darak a laissé une empreinte indélébile : les parents d’élèves, touchés par son dévouement et sa capacité à fédérer les énergies, l’y ont affectueusement surnommé le « Baobab ». Ce titre symbolique n’est pas le fruit du hasard ; il incarne la solidité, la sagesse et l’ombre protectrice qu’il offre à la jeunesse. Membre influent du Comité de Développement du Sultanat de Goulfey, il ne se contente pas d’enseigner ; il vit en symbiose avec les réalités locales, faisant de lui un médiateur respecté dont le leadership repose sur une proximité authentique et un service désintéressé envers les siens.
Un ambassadeur culturel au-delà des frontières
Mohamat Abba Kebir est aussi un homme de lettres et de culture. Sa présence remarquée au Salon International du Livre du Gabon, du Burkina Faso et de N’Djamena témoigne de son aura intellectuelle qui dépasse les frontières du Cameroun. Il porte haut les couleurs du Logone-et-Chari sur la scène internationale, prouvant que l’excellence peut naître et s’épanouir partout.
Aujourd’hui, à travers son essai sur l’absentéisme de l’enseignant, il boucle la boucle. Il revient vers sa terre natale, le Logone-et-Chari, non plus comme le jeune bénévole de Goulfey, mais comme un sage, un expert capable d’orienter les politiques publiques pour sauver l’école.
Ce portrait brosse le tableau d’un homme dont chaque étape du parcours est une pierre ajoutée à l’édifice de l’éducation nationale. Mohamat Abba Kebir n’est pas seulement un auteur ; il est la preuve vivante que l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer une région.
La Rédaction

