Au lendemain du 5è Forum Tripartite à N’Djamena, le Ministre des Transports a effectué une visite stratégique à la frontière nord du pays. Entre sécurité des transporteurs et compétitivité portuaire, le Cameroun renforce ses pions sur l’échiquier logistique régional.
Le pont de Ngueli, trait d’union suspendu entre le Cameroun et le Tchad, a vibré ce mardi 12 mai 2026 sous les pas d’une délégation de haut vol. À sa tête, Jean Ernest Masséna Ngallé Bibehe. Le Ministre camerounais des Transports, tout juste sorti des intenses discussions du Forum Tripartite tenu à N’Djamena, n’a pas regagné Yaoundé par les airs. Il a choisi le terrain, traversant la frontière pour toucher du doigt les réalités du corridor à Kousseri.
Le point d’orgue de cette visite fut le Centre de Vie de Kousseri. Inaugurée en septembre 2023, cette infrastructure n’est plus un simple projet sur papier, mais un outil de souveraineté. En parcourant ce site moderne, le ministre a rappelé l’enjeu : offrir aux conducteurs de camions — véritables forçats de la route — un cadre de repos digne et sécurisé.
Doté d’un parking surveillé, de services de restauration et d’hébergement, le centre répond à une double urgence : réduire les accidents liés à la fatigue et protéger les cargaisons contre le vol. « C’est l’image de marque du Cameroun qui se joue ici », confie un membre de la délégation. En facilitant la vie des transporteurs, le pays s’assure que le transit vers le Tchad reste fluide et attractif.
Fait marquant de ce déplacement : la présence conjointe des Directeurs Généraux du Port Autonome de Douala (PAD) et du Port Autonome de Kribi (PAK). Voir les deux géants portuaires marcher d’un même pas à Kousseri est un signal fort envoyé aux opérateurs économiques tchadiens.
L’objectif est clair : le « marketing actif ». Il s’agit de convaincre le voisin tchadien que l’offre portuaire camerounaise est désormais duale et complémentaire. Là où Douala apporte son expérience historique, Kribi offre la modernité de ses terminaux en eau profonde. En installant des cadres de concertation trimestriels à la frontière, le Cameroun ne se contente plus d’attendre le client ; il va au-devant de ses besoins, brisant les lourdeurs administratives par la digitalisation, notamment avec le Bordereau Électronique de Suivi des Cargaisons (BESC).
Accueilli par le Préfet du Logone-et-Chari, Fombele Mathias Tayem, le ministre était également entouré de hauts responsables tchadiens. Cette « diplomatie du bitume » souligne une volonté de cogestion des frontières. En visitant la Délégation Départementale des Transports de Kousseri, Ngallé Bibehe a insisté sur la nécessité d’une administration de proximité réactive.
Les retombées de cette visite sont multiples. À court terme, elle dissipe les malentendus nés des tracasseries routières souvent décriées par les syndicats de transporteurs tchadiens. À long terme, elle verrouille le corridor camerounais face à la concurrence des ports d’Afrique de l’Ouest.
En quittant Kousseri pour regagner N’Djamena avant son retour définitif, le Ministre des Transports a envoyé un message de confiance. Le Cameroun ne se veut plus seulement un pays de transit, mais un partenaire logistique indispensable, capable d’allier sécurité, technologie et confort pour ses voisins enclavés. L’avenir du commerce transfrontalier en Afrique Centrale semble, plus que jamais, passer par les routes du Logone-et-Chari.
Abdoul Salam Moumini

