Abakal Mahamat : Le Franc-parler d’un banquier face aux défis du temps long

Gazelle D'Afrique
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À l’occasion du 15ème anniversaire de BGFIBank au Cameroun, Abakal Mahamat, son Administrateur Directeur Général, a livré une analyse sans concession sur les ondes de la CRTV. Entre réalisme structurel et opportunisme stratégique, le patron de la filiale camerounaise définit les contours d’une banque moderne : une institution qui connaît ses limites pour mieux maximiser son impact. Décryptage d’une vision où la finance se conjugue au présent pour préparer l’avenir.

Le paysage bancaire camerounais, souvent critiqué pour sa supposée « frilosité », a trouvé en Abakal Mahamat un défenseur pédagogue. Invité de l’émission Actualité Hebdo,  l’ADG de BGFIBank Cameroun a profité de la célébration des 15 ans de l’institution pour recadrer le débat sur le financement de l’économie nationale. Loin des promesses démagogiques, son discours s’articule autour d’une vérité comptable et réglementaire : on ne bâtit pas des autoroutes avec de l’épargne à vue.

Le défi de la maturité : Le temps court contre le temps long

C’est l’un des points les plus saillants de son intervention. Alors que l’opinion publique appelle souvent les banques locales à financer les grands chantiers d’infrastructure, Abakal Mahamat oppose une fin de non-recevoir structurelle, dictée par la prudence prudentielle.

« Les banques camerounaises ne sont pas structurées pour financer des projets à long terme comme les autoroutes, les barrages hydroélectriques, etc. […] Nous avons de la ressource à court terme et nous ne pouvons pas financer des projets à très long terme. Par contre, ces bailleurs de fonds étrangers qui arrivent, c’est des fonds de pension, c’est des fonds d’investissements qui, eux, peuvent effectivement aller à ces niveaux de maturité. Donc, c’est complémentaire. »

L’explication est technique : la ressource bancaire au Cameroun est majoritairement constituée de dépôts à court terme. Utiliser cet argent pour des prêts sur 30 ou 40 ans exposerait le système à un risque de liquidité majeur. Pour l’ADG, le salut passe par la complémentarité : les banques locales gèrent l’exploitation, tandis que les investisseurs internationaux prennent le relais sur les infrastructures lourdes.

L’économie de guerre : Transformer la crise en levier

Abordant le contexte global marqué par diverses crises, Abakal Mahamat a surpris par son pragmatisme. Pour lui, la crise n’est pas qu’une fatalité, c’est un gisement d’opportunités qu’il faut savoir décoder.

« Dans une guerre, il y a toujours une opportunité. Et ça dépend de comment vous la saisissez. […] Lorsqu’il y a une guerre, il y a forcément des opportunités, donc tout le monde vit de la guerre. Maintenant, dans la guerre, vous choisissez votre camp. Soit vous êtes parmi ceux qu’on tue, ou vous êtes parmi ceux qui tuent. Et dans les deux cas, il y a de quoi faire. »

La fin du mythe de la frilosité

Face au reproche récurrent selon lequel les banques ne prêteraient « qu’aux riches », l’ADG a rappelé la responsabilité fiduciaire des banquiers. La banque ne prête pas ses fonds propres, mais ceux de ses clients, ce qui impose une sélection rigoureuse.

« Les banques ne sont pas là pour distribuer de l’argent gratuitement. Nous sommes là pour accompagner des projets qui sont viables, des projets qui sont rentables et des projets qui peuvent rembourser. Parce que n’oubliez pas que l’argent que nous prêtons, c’est l’argent des déposants. Ce n’est pas notre argent propre. »

15 ans de BGFIBank : Une stratégie d’agilité

En 15 ans, la structure dirigée par Abakal Mahamat s’est imposée par sa capacité à naviguer dans un environnement complexe. Sa stratégie repose sur la connaissance fine du risque et l’agilité face aux chocs. En conclusion, la vision d’Abakal Mahamat est celle d’un banquier décomplexé qui, en affirmant haut et fort les limites du système, trace le chemin de sa réussite. Pour BGFIBank, l’avenir ne se gagne pas en ignorant les risques, mais en les gérant avec une lucidité froide.

**Gazelle d’Afrique**

 

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