Enlevée le 5 janvier 2026 en plein cœur de Kousseri et libérée vingt-et-un jours plus tard dans un état de santé critique, l’adjointe au maire de Logone Birni sort enfin du mutisme. Entre traumatisme physique, extorsion de fonds et dénonciation des rumeurs calomnieuses, elle livre un témoignage sans concession sur son calvaire et interpelle les autorités sur l’insécurité qui gangrène la région.
Tout bascule vers 19h40 le soir de sa disparition. Alors qu’elle sort d’une pharmacie, Mme Fanné Emat Gargam est abordée par un conducteur de moto-taxi. Ce dernier, par un jeu de manipulation et de fausses pannes, l’entraîne vers une voie de contournement isolée. Le piège est tendu : une voiture surgit, des hommes masqués l’immobilisent, l’étouffent avec un mouchoir et lui administrent une injection au cou. « C’est ainsi que je me suis retrouvée dans un autre monde », confie-t-elle.
La captivité est marquée par une brutalité extrême. Détenue avec d’autres otages, l’élue subit des passages à tabac répétés à coups de crosse. Ses ravisseurs, s’exprimant en foulfoudé, ne cachent pas leur motivation : ils affirment avoir été payés pour ce rapt. Au-delà des coups, c’est une véritable spoliation financière qu’elle subit. Ses téléphones sont arrachés et elle est contrainte de livrer ses codes secrets.
Plus de 200 000 FCFA lui sont ainsi dérobés, entre son compte Orange Money et l’argent liquide qu’elle transportait. Durant ces trois semaines, elle vit dans un état second : « On dirait que j’étais droguée. À chaque fois que je mangeais, je dormais profondément. »
Si Mme l’adjointe au maire est aujourd’hui parmi les siens, elle le doit paradoxalement à sa pathologie cardiaque. Suivie par de nombreux cardiologues entre le Cameroun et le Tchad, sa santé décline rapidement sous la pression et les mauvais traitements. Voyant son état devenir inquiétant — avec une tension artérielle instable oscillant entre 8 et 21 — ses ravisseurs prennent la décision de la relâcher. Elle sera abandonnée à Kousseri, incapable d’expliquer les détails de son transfert, avant d’être hospitalisée d’urgence pendant cinq jours.
Blessée par les rumeurs évoquant une mise en scène, Mme Fanné Emat Gargam balaie ces accusations avec force. Mère de famille et responsable de près de quarante personnes depuis le décès de son père, elle fustige la presse locale pour ses vérifications insuffisantes. « Pour quel intérêt organiserais-je un tel scénario ? Ma santé reste fragile, je n’ai pas tué, je ne dois rien à personne », martèle-t-elle avec dignité.
En conclusion de son récit, l’élue lance un cri d’alarme aux autorités locales. Si une personnalité publique peut être enlevée en plein centre urbain, l’insécurité concerne désormais chaque citoyen. Déplorant le manque de soutien institutionnel durant son hospitalisation, elle place désormais sa protection entre les mains de Dieu et de sa famille.
Faits recueillis par Félix Nyngaïna
