Mokolo: La commune au bord du gouffre

Gazelle D'Afrique
Gazelle D'Afrique

Un malaise profond et persistant secoue la commune de Mokolo, où les relations entre le maire Vohod Deguime et les conseillers municipaux ont atteint un point de rupture alarmant. À quelques encablures des prochaines échéances électorales, cette crise de gouvernance met en lumière de graves dysfonctionnements, exacerbant la colère des populations et soulevant des questions cruciales sur la transparence et la bonne gestion des affaires publiques locales.

La tension est palpable à la commune de Mokolo située dans l’Extrême-Nord du Cameroun. Il y a quelques mois, lors de la dernière session ordinaire de la commune, les conseillers municipaux ont asséné un coup de massue au maire en rejetant massivement le compte administratif et de gestion, avec un score sans appel de 43 voix contre 12.

Ce vote sanction n’est que la partie émergée d’un iceberg de griefs accumulés contre l’exécutif communal. Les reproches sont cinglants et convergent vers une gestion jugée autocratique et opaque. Les conseillers dénoncent une faute de gestion généralisée et un manque criant de collaboration.

En tant qu’organe délibérant, ils affirment être tenus dans l’ignorance de nombreuses décisions et actions menées au sein de la commune. Plus grave encore, toute tentative d’approche du maire pour un échange est systématiquement accueillie par des réprimandes, des humiliations et des fins de non-recevoir, que ce soit à son domicile ou à son bureau.

Cette attitude, teintée d’un égocentrisme manifeste, a eu raison de la patience des élus locaux, qui malgré leurs efforts, n’ont constaté aucune volonté du maire de rétablir la sérénité. Au-delà des relations interpersonnelles, les dysfonctionnements touchent directement la mise en œuvre des projets communaux. Les conseillers déplorent la délocalisation de ces projets au centre-ville, et particulièrement dans le secteur d’origine du maire, ignorant ainsi les besoins pressants des populations des zones reculées, pourtant en pleine expansion démographique.

Les commissions, censées assurer le contrôle des projets sur le terrain, sont inopérantes. Des accusations graves de projets non exécutés mais déclarés à 100%, voire même doublés au profit du maire, circulent. Des rumeurs persistantes font état de demandes de 10% sur chaque marché et d’achats de matériaux lourds à des montants exorbitants.

La lassitude est telle que le président de la commission des infrastructures, un ingénieur de génie civil, a jeté l’éponge, excédé par un mode de fonctionnement où le maire seul détient les rênes.

Face à cette situation délétère, une troisième concertation a eu lieu à la commune il y a quelques jours, sous la coordination du préfet. Cette rencontre a visé à rétablir le bon fonctionnement du conseil municipal. Le préfet a instruit le maire à modifier radicalement son comportement, formulant des consignes claires et sans équivoques.

Parmi les plus importantes figurent la décentralisation des projets, la collaboration effective avec les conseillers, l’instauration d’un dialogue constructif et le partage des responsabilités dans l’exécution de certains projets. Plusieurs projets importants pour l’amélioration des conditions de vie des populations ont été sélectionnés et validés pour leur avancement. Seul le projet d’équipement de l’hôtel de ville, dont les travaux de construction ne sont qu’à 50% d’exécution, reste en suspens.

Le préfet, se présentant comme un « vieux clou », a fermement rassuré les parties prenantes que ce désordre ne saurait perdurer.

Alors que les regards sont déjà tournés vers les prochaines élections, la crise de gouvernance à Mokolo soulève des interrogations fondamentales sur la démocratie locale et la reddition des comptes. La patience des populations a atteint ses limites, et celles-ci interpellent désormais directement leurs conseillers municipaux pour obtenir des éclaircissements.

L’intervention du préfet, bien que perçue comme un signe d’espoir, devra se traduire par des actions concrètes et un changement de paradigme durable pour restaurer la confiance et permettre à la commune de Mokolo de retrouver le chemin du développement harmonieux.

Le temps presse, et l’ombre des urnes plane déjà sur cette collectivité territoriale.

Arsène Nna

Partagez cet article
Laissez un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *