La détention récente de quatre acteurs des médias à Yaoundé a déclenché une vague de réactions passionnées. Pourtant, l’analyse froide des procédures révèle un cas d’école de dysfonctionnement administratif : comment un incident d’intendance sécuritaire s’est transformé en crise de communication politique aux dépens d’un membre du gouvernement.
En droit public comme en procédure pénale, l’action administrative repose sur des actes traçables. Dans la polémique qui entoure le Ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, un fait juridique irréfutable s’impose : aucun dépôt de plainte n’a été consigné par l’autorité ministérielle ou son cabinet.
Dès lors, l’imputation de la privation de liberté à l’autorité politique relève d’une erreur de qualification. En l’absence de saisine formelle, la prise d’initiative concernant la rétention de ces personnes relève exclusivement du protocole opérationnel des forces de sécurité chargées du maintien de l’ordre sur le site. Attribuer la décision judiciaire au MINEPAT revient à confondre la victime potentielle d’un incident matériel avec l’ordonnateur des poursuites.
Cet épisode met en lumière les zones de friction récurrentes lors des grands événements institutionnels. D’un côté, les impératifs de sécurité des hautes personnalités imposent aux agents de terrain un niveau de vigilance élevé ; de l’autre, l’exercice de la couverture médiatique exige de la mobilité et de la souplesse.
Lorsque cette mécanique s’enraye, le manque de discernement des exécutants peut conduire à des mesures conservatoires disproportionnées. La prolongation de la garde à vue au Commissariat Central n°1 illustre un déficit de régulation interne au sein de la chaîne de commandement sécuritaire, où l’excès de précaution des agents s’est substitué à la rigueur des textes légaux encadrant les délais de rétention.
L’incident interpelle également sur la structuration des flux d’information. La présence d’acteurs de la presse dans des espaces institutionnels restreints obéit à des règles strictes d’accréditation et de vérification d’identité.
La révélation d’antécédents disciplinaires — notamment des restrictions d’accès préalablement édictées par la direction du Palais des Congrès à l’encontre de certains intervenants — démontre que le malaise sur le terrain dépassait le simple cadre d’un équipement égaré. L’assainissement des pratiques d’accès aux événements d’État demeure un chantier essentiel pour préserver la crédibilité de l’ensemble de la profession.
En choisissant d’exprimer son estime pour la presse tout en refusant de réduire le débat à la valeur marchande d’un bien personnel, Alamine Ousmane Mey a réaffirmé une ligne de conduite constante : celle d’un serviteur de l’État privilégiant la hauteur institutionnelle sur la polémique stérile.
Cette mise au point remet l’église au centre du village. Elle rappelle que la protection des droits fondamentaux et le respect des institutions ne s’opposent pas, mais s’imposent à tous les acteurs de la vie publique avec la même rigueur.
Arsène Nna

