Dans un contexte mondial où les exigences environnementales et de légalité des flux commerciaux n’ont jamais été aussi strictes, le Cameroun franchit un cap stratégique dans la régulation de son secteur forestier. Ce mercredi 23 septembre 2026, l’Annexe de la Direction Générale des Douanes à Tsinga (Yaoundé) a servi de cadre à un séminaire de haute volée dédié au renforcement des capacités opérationnelles des cadres douaniers sur les mécanismes de traçabilité et les normes de certification privée.
Loin d’un simple exercice académique, cette rencontre organisée sous le thème « Importance de la certification forestière privée pour l’État du Cameroun : enjeux, garanties et opportunités pour l’Administration douanière » répond à un double impératif : optimiser la collecte des recettes fiscales et élever la souveraineté du contrôle camerounais au niveau des exigences des marchés internationaux.
Le bois figure parmi les piliers stratégiques de la balance commerciale du Cameroun. Cependant, l’activité d’exportation demeure vulnérable à divers dysfonctionnements : fausses déclarations d’essences, sous-évaluation des volumes, ou encore incertitudes quant à la légalité des coupes originelles. Pour les brigades douanières, les défis sont d’autant plus complexes que le contrôle physique sur les quais portuaires (Douala, Kribi) doit s’appuyer sur des données fiables dès l’amont de la chaîne logistique.
C’est précisément là qu’intervient la complémentarité avec les schémas de certification privée (tels que FSC, PEFC/PAFC ou OLB). En traçant le produit ligneux depuis l’abattage en forêt concessionnelle jusqu’au point d’embarquement, la certification privée génère une empreinte documentaire auditable. Pour les vérificateurs douaniers, l’accès et la maîtrise de ces données constituent un puissant levier d’aide à la décision pour déceler rapidement les incohérences entre la marchandise déclarée et les chargements réels.
Conduite par le Dr Fridolin Choula, expert-consultant indépendant et figure aguerrie du secteur issu de l’École des Eaux et Forêts de Mbalmayo, la session a privilégié une approche pragmatique. Les responsables venus des Services centraux et déconcentrés — fiscalité, inspection, affaires juridiques, opérations forestières et communication — ont confronté leurs routines de contrôle aux exigences méthodologiques des audits forestiers.
Les échanges ont mis en lumière plusieurs nœuds critiques :
* L’identification botanique précise : Éviter la substitution d’essences à forte valeur fiscale ou protégées par des appellations commerciales ambiguës.
* La vérification volumétrique : Rapprocher les fiches de débitage et feuilles de route des déclarations en douane.
* La chaîne de responsabilité : Authentifier la légalité de l’opérateur et l’origine géographique du bois.
L’un des apports majeurs de cette rencontre réside dans la clarification de la frontière entre mandat public et initiative privée. L’expert-formateur l’a rappelé avec insistance : la certification privée ne saurait remplacer l’État. Elle ne confère ni impunité ni dispense de contrôle.
En réalité, elle constitue un système tiers crédible, dont les rapports d’audit, les exigences de traçabilité interne et les certifications de chaîne de contrôle fournissent des indices précieux à l’administration douanière. L’enjeu pour la Douane camerounaise n’est donc pas de déléguer son pouvoir régalien, mais d’en renforcer l’efficacité en exploitant l’intelligence documentaire produite par la certification.
En formant ses cadres aux outils de traçabilité moderne, l’Administration des Douanes s’inscrit en droite ligne des évolutions du commerce international, à l’instar des réglementations internationales sur la déforestation (notamment le Règlement de l’Union européenne sur la déforestation – RDUE). Pour les entreprises forestières vertueuses implantées au Cameroun, cette synergie entre régulation publique et certification privée représente un facteur d’attractivité et de compétitivité sur les marchés mondiaux régulés.
En modernisant ses outils de vérification et en formant ses hommes, la Direction Générale des Douanes réaffirme sa position de maillon fort dans la gouvernance des ressources naturelles de la nation. Une dynamique de montée en puissance qui confirme que la protection du trésor public et la sauvegarde des forêts tropicales du Bassin du Congo marchent désormais du même pas.
Ekoto Louis André


