Il y avait comme un parfum de renouveau économique, ce lundi 14 septembre, dans les travées du Palais des Congrès de Yaoundé. Sous la présidence du Premier Ministre, Joseph Dion Ngute, le Cameroun et la Banque islamique de développement (BID) ont franchi une étape supplémentaire dans une relation diplomatique et financière vieille de plusieurs décennies. Aux côtés du ministre de l’Économie (MINEPAT) et Gouverneur de la BID au Cameroun, Alamine Ousmane Mey, et du Vice-Président chargé des Opérations du Groupe, le Dr Rami Ahmad, le gouvernement a célébré un partenariat dont le portefeuille global tutoie désormais la barre vertigineuse des 2 000 milliards de FCFA. Mais au-delà des cérémonies d’apparat et des poignées de main protocolaires, c’est l’avenir immédiat du tissu socio-économique national qui s’est joué à Yaoundé. Au cœur des échanges : l’annonce de nouveaux engagements financiers s’élevant à 385,85 millions d’euros, soit environ 253,1 milliards de FCFA.
Ce bouquet d’accords et de lettres d’intention ne relève pas de la simple figuration comptable. Il s’inscrit dans une logique de diversification des outils de financement. En effet, l’enveloppe annoncée panache intelligemment les mécanismes : des prêts direct à l’État pour porter de grands chantiers publics, mais aussi des lignes de crédit conformes à la Charia spécifiquement injectées dans le secteur privé et le réseau bancaire local. Une bouffée d’oxygène attendue par les petites et moyennes entreprises (PME), souvent étouffées par la rigidité des circuits traditionnels de crédit.
À cela s’ajoutent des instruments dédiés au financement du commerce et aux mécanismes d’assurance, indispensables pour réduire le risque-pays et catalyser les investissements directs. Le message de Djeddah est clair : accompagner le Cameroun non seulement comme un emprunteur souverain, mais comme un partenaire économique global, axé sur la transition verte, les énergies renouvelables et les partenariats public-privé (PPP).
Sur le terrain, cet accompagnement se traduit déjà par des transformations concrètes. L’un des symboles les plus probants reste la réhabilitation de l’axe routier Douala-Bafoussam, long de 218,9 kilomètres. Pour cette artère névralgique de l’économie nationale, la BID avait déjà acté en mai 2025 un soutien massif de 139,3 milliards de FCFA (212,35 millions d’euros), dont les procédures d’attribution des marchés sont actuellement en phase d’accélération.
Autre dossier phare : le Projet de développement rural intégré du Dja, fort d’une enveloppe de 27,5 milliards de FCFA autorisée par décret présidentiel en juillet 2026, qui vise à transformer les potentialités agropastorales du Sud en véritable moteur de croissance inclusive.
Il convient toutefois de garder un œil lucide sur la trajectoire de ces annonces. Comme le rappellent régulièrement les observateurs avertis, la signature de lettres d’intention ou d’accords-cadres ne signifie pas que les liquidités sont immédiatement disponibles dans les caisses de l’État. La nature exacte des engagements souscrits – entre financements fermes et opérations encore au stade des négociations – déterminera la vitesse réelle d’injection de ces ressources dans l’économie.
Le défi majeur pour Yaoundé ne sera donc pas seulement de signer des conventions, mais de renforcer sa capacité d’absorption et d’exécution des projets. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que les promesses financières du Palais des Congrès se traduiront en routes bitumées, en emplois créés pour la jeunesse et en structures de santé fonctionnelles sur l’ensemble du territoire national.
Abel Yelantouin


