CAN 2025 : L’Énorme Pari Camerounais, Entre Crise Sociale et Ambitions Sportives

Gazelle D'Afrique
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Alors que la Confédération Africaine de Football (CAF) a annoncé une cagnotte record de 7 millions de dollars pour le vainqueur de la CAN 2025 au Maroc, le Cameroun, à travers l’annonce du Ministre des Sports à la CRTV, révèle un engagement financier stupéfiant : près de 5 milliards de Francs CFA débloqués pour la seule participation des Lions Indomptables. Ce montant, qui inclut environ 1,3 milliard de francs CFA pour les primes des joueurs, dépasse largement le prix promis au futur champion africain. Cette démonstration de force financière intervient dans un contexte national de profonde précarité (chômage, crise énergétique et infrastructurelle, etc), soulevant des questions légitimes sur l’alignement des priorités et la performance réelle de l’équipe, d’autant que la préparation est minée par une guerre larvée entre la FECAFOOT et le Ministère des Sports. Le Cameroun s’offre-t-il un luxe que son peuple ne peut se payer, et à quel prix ?

L’information est tombée ce mercredi à l’issue de la réunion préparatoire présidée par le Professeur Narcisse Mouelle Kombi, Ministre des Sports : la participation des Lions Indomptables à la Coupe d’Afrique des Nations 2025 sera soutenue par une enveloppe gouvernementale de près de 5 milliards de Francs CFA.

Une comparaison simple met en lumière le caractère colossal de cette somme. Convertie en dollars, cette enveloppe avoisine les 8 millions de dollars USD, selon les taux de change actuels. C’est un montant non seulement supérieur au prix de 7 millions de dollars destiné à l’équipe qui remportera le trophée, mais il dépasse également la prime qu’aurait touché l’équipe en cas de victoire.

Plus précisément, l’État a prévu environ 1,3 milliard de Francs CFA pour les seules primes des joueurs. Cet investissement préventif, colossal, est présenté comme le « soutien pour la prise en charge de la délégation officielle ». En faisant une analyse Comparative des Primes, le constat est alarmant : Montant Prime CAF pour le Vainqueur (CAN 2025) 7 000 000 $ USD. Enveloppe Gouvernementale Camerounaise ~ 8 000 000 $ USD (près de 5 milliards FCFA). Primes Joueurs Camerounais (Estimé) ~ 2 100 000 $ USD (environ 1,3 milliard FCFA).

Ce déblocage massif pose une question de fond : pourquoi investir à ce point dans la seule participation d’une équipe, alors que l’enveloppe finale est déjà garantie par la CAF pour le vainqueur ? L’État semble vouloir garantir le succès par le confort financier, quitte à investir plus que le trophée lui-même ne rapporterait.

L’annonce de ces 5 milliards de FCFA résonne de manière particulièrement stridente au Cameroun. Le pays est plongé dans une crise socio-économique et infrastructurelle aux multiples facettes : De vastes régions subissent des coupures d’électricité récurrentes et l’accès à l’eau potable reste précaire dans de nombreuses villes, y compris la capitale économique. Le réseau routier national est dans un état de délabrement avancé, affectant la circulation des biens et des personnes, et freinant le développement. Le chômage, surtout chez les jeunes, est élevé. La crise du coût de la vie et la précarité touchent une grande partie de la population.

Dans un tel contexte, où l’urgence sociale et le besoin d’investissements dans les secteurs vitaux (santé, éducation, énergie) sont criants, l’allocation d’une somme équivalente à un grand projet d’infrastructure routière pour une courte période de compétition sportive apparaît, aux yeux de nombreux observateurs et citoyens, comme un décalage choquant et une mauvaise priorisation des ressources nationales.

L’énormité des moyens déployés pourrait se justifier si les Lions Indomptables présentaient une assurance de succès sans faille. Or, la réalité sportive est plus nuancée. La qualification pour la CAN 2025, si elle a été acquise, a été réalisée après un parcours parfois décrié. Le commentateur de la CRTV l’a qualifiée de « sans faute », mais les performances récentes ont souvent laissé le public sur sa faim, contrastant avec la « gloire d’antan » à laquelle le gouvernement souhaite ramener l’équipe. Le Professeur Mouelle Kombi lui-même a d’ailleurs « demandé à la FECAFOOT d’assurer une prestation honorable du pays », ce qui sonne comme un avertissement et non comme une célébration confiante.

L’histoire récente montre que l’injection de fonds massifs ne garantit pas la victoire. Les supporters, qui sont appelés à être mobilisés pour cette « grande fête du football africain », attendent désormais que cet investissement inédit se traduise par une performance à la hauteur, non pas seulement « honorable, » mais mémorable.

Le facteur le plus susceptible de compromettre les ambitions du Cameroun à la CAN 2025 n’est pas sur le terrain, mais dans les bureaux. La « guerre » ouverte entre le Ministère des Sports (MINSEP) et la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT), dirigée par son président, est un secret de polichinelle. Cette rivalité institutionnelle concerne la gestion des joueurs, le choix du staff technique, et, de manière générale, le leadership dans l’encadrement de l’équipe nationale.

Le ministre Narcisse Mouellé Kombi a d’ailleurs rappelé que la « FECAFOOT a un rôle central à jouer » et qu’il lui appartient, ainsi qu’à « l’ensemble des acteurs, » de « bien jouer la partition de la quête de l’excellence ». C’est une manière indirecte de rappeler à la Fédération ses obligations et son rôle sous l’autorité gouvernementale. Ce climat de conflit permanent crée une instabilité et une confusion qui nuisent inévitablement à la concentration et à l’harmonie de l’équipe.

L’encadrement « optimal des joueurs, » l’une des recommandations du Ministre des Sports, pourrait être la première victime de cette mésentente institutionnelle. Si la FECAFOOT et le MINSEP ne trouvent pas un terrain d’entente stable avant le coup d’envoi de la compétition, les 5 milliards de FCFA risquent d’être un investissement vain.

L’annonce de cette enveloppe de 5 milliards de FCFA, largement supérieure aux standards de la CAF et au prix de la victoire, met en lumière plusieurs points sensibles qui pourraient contraindre le gouvernement à revoir son engagement : L’Éthique Budgétaire : Allouer plus à la participation qu’au prix du vainqueur crée un précédent éthiquement difficile à défendre, surtout face à la crise sociale. La population pourrait exiger une répartition plus équitable des ressources.

Le Risque de Dérapage : Un budget pré-alloué si important peut générer des tentations de mauvaise gestion. Le Ministre des Sports devra faire preuve d’une transparence absolue dans l’utilisation de ces fonds. L’Inflation des Primes : L’allocation de 1,3 milliard de FCFA de primes aux joueurs risque de fixer une barre salariale très haute. En cas de contre-performance, l’écart entre le rendement et l’investissement sera intolérable pour l’opinion publique.

La Dissonance Institutionnelle : Si la guerre MINSEP-FECAFOOT devait impacter le rendement de l’équipe, la pression populaire pour justifier l’usage de ces 5 milliards de FCFA deviendrait intenable, forçant potentiellement une révision à la baisse des dépenses futures.

Le Cameroun a fait son choix : un investissement massif pour maximiser les chances de succès des Lions Indomptables. Reste à savoir si, sur le terrain, l’équipe pourra justifier ce luxe, et si, dans les bureaux, les acteurs parviendront à mettre de côté leurs différends au nom de l’intérêt national.

L’équation de la CAN 2025 est désormais autant financière et politique que sportive.

La Rédaction

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