À l’issue du dernier comité de direction des Douanes camerounaises, le Directeur Général Edwin Fongod Nuvaga a tracé une feuille de route offensive. Entre facilitation du transit vers le Tchad, verrouillage numérique de la contrebande de téléphones et reconnaissance internationale de la Banque Mondiale et du FMI, la douane camerounaise accélère sa modernisation. Décryptage d’une transformation à fort impact régional.
La récente visite de travail du Directeur Général des Douanes tchadiennes au Cameroun commence à porter ses fruits. Les nouvelles orientations sont claires : il faut fluidifier le passage des marchandises à destination de Ndjamena tout en verrouillant les mailles du filet contre les fraudeurs.
Pour le corridor Douala-Ndjamena, l’enjeu est colossal. Le Cameroun sert de principale porte d’entrée maritime pour le Tchad, un pays enclavé. Réduire les coûts et les délais de transport est une nécessité économique absolue pour stimuler le commerce régional. Cependant, la facilitation ne doit pas se faire au détriment de la sécurité fiscale. L’accent mis sur la coopération transfrontalière et l’implication des autorités locales aux points de sortie montrent une volonté de co-construire une frontière « intelligente ». En associant les opérateurs économiques à ces réformes, la douane camerounaise cherche à pacifier les relations commerciales tout en isolant les acteurs de la contrebande.
C’est le dossier brûlant qui agite le secteur du commerce de détail : la mise en œuvre du mécanisme électronique de collecte des droits de douane sur les terminaux numériques (téléphones, tablettes). Le message de la Direction Générale est sans ambiguïté : les stocks non dédouanés dans les boutiques doivent être régularisés, sous peine de sanctions.
Pour rassurer l’opinion, la douane précise une nuance de taille : le blocage à venir ciblera l’identifiant technique de l’appareil (IMEI) et non le numéro de téléphone de l’abonné. L’impact de cette mesure est quadruple :
Fiscal : Elle vise à capter des recettes massives qui échappaient jusqu’ici à l’État à cause des circuits informels.
Sécuritaire : L’enregistrement strict des terminaux permet de lutter contre le recel et le financement d’activités illicites.
Économique : Elle assainit le marché en protégeant les importateurs légaux face à la concurrence déloyale.
Citoyen : Le consommateur devient acteur de sa propre sécurité en vérifiant le statut douanier de son futur achat via la plateforme en ligne dédiée (www.mpie.camcis.cm).
Le Tchad, confronté aux mêmes défis de porosité des marchés numériques, est venu observer ce modèle camerounais. Preuve que le Cameroun s’érige en laboratoire de l’innovation douanière en Afrique centrale.
Si les réformes internes bousculent les habitudes, elles séduisent à l’international. Mis en place depuis 2011 et adoubés par l’Organisation Mondiale des Douanes (OMD) et la Banque Mondiale, les « contrats de performance » font du Cameroun un exemple de gouvernance. Le Fonds Monétaire International (FMI) prévoit d’ailleurs une mission de partage d’expérience (benchmarking) pour s’en inspirer.
Les résultats de ce dispositif automatisé parlent d’eux-mêmes : des déclarations liquidées le jour même de leur enregistrement, une chute drastique des passe-droits et une hausse mécanique des recettes douanières. Cette rationalisation moderne, combinée au lancement des travaux d’appui de la Banque Mondiale pour le Projet d’amélioration de la performance du corridor Douala-Ndjamena (PCDN), confirme que la performance n’est plus une option, mais le nouveau standard de la douane camerounaise.
Issiaka Abdel



