Ce lundi 18 mai 2026 à Yaoundé, le Ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT), Alamine Ousmane Mey, a accordé une audience stratégique à Baltasar Engonga Edjo’o, Président de la Commission de la CEMAC. Plus qu’une simple visite de courtoisie, cette rencontre entre dans le cadre crucial du processus de rationalisation des institutions sous-régionales. Alors que l’Afrique centrale cherche à s’armer face aux chocs exogènes, ce tête-à-tête pose les jalons d’une fusion institutionnelle attendue et d’une souveraineté économique renforcée.
Le grand chantier abordé lors de cette audience est sans conteste la rationalisation des Communautés Économiques Régionales (CER). Actuellement, la coexistence de la CEMAC et de la CEEAC crée des doublons institutionnels, des lourdeurs administratives et une dispersion des ressources financières.
En sa qualité de Président du COPIL/CER-AC, le MINEPAT camerounais pilote un dossier historique : fusionner ces entités pour n’en former qu’une seule, plus lourde et plus compétitive sur l’échiquier continental. Cette réforme macroinstitutionnelle, portée par le Président Paul Biya, vise à donner à l’Afrique centrale le poids politique et économique nécessaire pour négocier d’égal à égal dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF).
L’analyse de cette rencontre rappelle une réalité statistique majeure : le Cameroun pèse entre 40 % et 45 % du PIB de la zone CEMAC. Cette suprématie économique confère au pays une responsabilité de premier plan.
Le leadership de Yaoundé dans ce processus de rationalisation n’est pas un hasard, mais une nécessité. Si la locomotive camerounaise maintient son cap de croissance inclusive à travers sa Stratégie Nationale de Développement (SND30), c’est toute la sous-région qui en bénéficie. À l’inverse, toute fragilité du marché camerounais gripperait immédiatement l’économie de ses voisins.
Poids économique dans la zone CEMAC :
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│ Cameroun : 40% à 45% du PIB │████████████████░░░░░░░░
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│ Autres pays membres : 55% à 60% │██████████████████████░░
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Au-delà des structures politiques, Alamine Ousmane Mey et son hôte ont décrypté les leviers de la résilience face aux crises inflationnistes mondiales. Le mot d’ordre est clair : l’import-substitution doit s’opérer à l’échelle communautaire.
L’enjeu du marché commun : Il ne s’agit plus seulement pour le Cameroun de produire ce qu’il consomme, mais de devenir le grenier et le fournisseur industriel de ses voisins.
La diversification des économies locales, traditionnellement dépendantes des revenus pétroliers (à l’exception notable du Cameroun), devient une urgence absolue. En stimulant le tissu agricole et manufacturier régional, la CEMAC s’assure une protection durable contre les fluctuations des marchés internationaux.
En somme, cette concertation de Yaoundé démontre que l’intégration en Afrique centrale quitte progressivement le champ des discours théoriques pour entrer dans celui de la Realpolitik économique. Face aux crises, la survie de la sous-région dépendra de sa capacité à s’unir sous une seule bannière institutionnelle et commerciale.
Arsène Nna


