Entre effondrement de la production, chute des recettes d’exportation et défis industriels, l’« or blanc », pilier de l’économie du Grand Nord, vacille. Dossier sur une crise multifactorielle et la stratégie de riposte engagée par la Sodecoton.
Le dernier rapport de conjoncture du ministère des Finances a l’effet d’une douche froide pour les acteurs de la filière. Au deuxième trimestre 2025, la production de coton fibre s’est littéralement écroulée, affichant un recul de 75,9 % par rapport au premier trimestre. Cette période, pourtant dévolue à la grande récolte et à l’activité intense des usines d’égrenage, a été marquée par un silence industriel inhabituel.
Sur l’ensemble du premier semestre, la tendance est tout aussi alarmante. Avec seulement 88 071 tonnes produites, le Cameroun enregistre une baisse de 28,1 % en glissement annuel. Le coupable est clairement identifié : un dérèglement climatique violent. Des inondations sans précédent ont submergé les bassins de production, noyant les semis et rendant les pistes rurales impraticables pour l’évacuation du coton vers les centres de traitement.
Le malheur des producteurs camerounais ne s’arrête pas aux frontières nationales. Sur le marché mondial, le coton subit la loi d’une offre surabondante. Malgré un prix au kilogramme qui flirte avec les 957 FCFA ($1,72) fin juin 2025, la tendance annuelle affiche un recul de 9,5 %. Ce phénomène s’explique par la reprise spectaculaire de la production chez les géants comme le Brésil, les États-Unis et l’Australie, alors que la demande s’essouffle en Chine et dans l’Union européenne.
Pour le Cameroun, ce double choc — moins de coton à vendre et un prix de vente inférieur — a provoqué une saignée financière. Les recettes d’exportation sont passées de 101,9 milliards de FCFA au premier semestre 2024 à 82,8 milliards sur la même période en 2025, soit une perte sèche de 19 milliards de FCFA.
Face à l’urgence, la Société de développement du coton (Sodecoton) a décidé de ne plus subir. Un accord-cadre de cinq ans a été paraphé avec l’Observatoire national sur les changements climatiques (Onacc). Cette alliance stratégique vise à transformer le mode de production : Météo de précision : Fournir aux 250 000 planteurs des bulletins d’alerte précoce pour optimiser les calendriers de semis.
Adaptation variétale : Développer des semences à cycle court, capables de résister aux excès d’eau ou aux sécheresses soudaines. Cartographie des risques : Identifier les zones de culture les plus vulnérables pour mieux orienter les investissements de protection.
Cette crise financière projette une ombre sur le plan de modernisation de la Sodecoton prévu pour 2026. Avec 19 milliards de FCFA en moins dans les caisses, l’entreprise doit faire des choix cornéliens. D’un côté, la nécessité de construire de nouvelles unités d’égrenage et de moderniser le parc de transport est évidente pour améliorer la productivité.
De l’autre, la raréfaction des fonds propres et l’incertitude sur les récoltes futures imposent une prudence budgétaire extrême. Le déploiement des centrales solaires destinées à réduire les coûts énergétiques des usines pourrait être maintenu, mais le rythme global de transformation industrielle risque de ralentir au profit d’une priorité absolue : la survie économique des planteurs.
Les analystes prévoient une baisse moyenne des cours mondiaux de 9,1 % pour l’ensemble de l’année 2025. Sans un rebond de la demande textile asiatique, le coton camerounais devra batailler dans un marché saturé, rendant la stratégie de résilience climatique de la Sodecoton plus vitale que jamais pour maintenir la compétitivité de la filière en 2026.
La Rédaction
