Après un affrontement violent entre deux familles à Vélé, dans la région de l’Extrême-Nord, l’ONG Action 237-Suisse tire la sonnette d’alarme. Elle appelle à une réforme profonde du décret de 1977 régissant les chefferies traditionnelles, jugé obsolète et source de tensions sociales, pour l’aligner sur les principes démocratiques de la Constitution de 1996.
Le 9 janvier 2026, l’arrondissement de Vélé a été le théâtre de scènes de violence déplorables. Deux familles se sont affrontées brutalement pour le contrôle d’une chefferie de 3ème degré. Ce nouvel incident, loin d’être un cas isolé, met en lumière la fragilité de la cohésion sociale dans nos zones rurales face aux enjeux de pouvoir traditionnel. Pour la section Grand-Nord de l’ONG Action 237-Suisse, ce conflit est le symptôme d’un mal plus profond : l’inadaptation de nos lois aux réalités contemporaines.
Au cœur du problème se trouve le décret N°77/245 du 15 juillet 1977. Bien que ce texte cadre toujours la désignation des chefs traditionnels, l’ONG souligne qu’il appartient à une ère révolue. « Ce texte ne tient pas pleinement compte des évolutions constitutionnelles et des normes modernes relatives aux droits de l’homme », précise le communiqué. En effet, la Constitution de 1996 stipule que la République protège les valeurs traditionnelles, mais à une condition majeure : qu’elles soient conformes aux principes démocratiques et à la loi.
Aujourd’hui, l’application rigide de ce vieux décret favoriserait l’opacité, l’injustice, et parfois même la corruption lors des consultations, sapant ainsi la légitimité des chefs désignés.
Face à ce constat, Action 237-Suisse ne se contente pas de dénoncer ; elle propose des solutions concrètes pour sortir de l’impasse. L’organisation recommande notamment : L’adaptation des mécanismes de désignation : Intégrer les standards internationaux des droits de l’homme. La transparence totale : Impliquer réellement les communautés locales et les notabilités coutumières pour éviter les processus « biaisés ». L’arbitrage des institutions : Associer la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun aux futures réformes.
Le représentant de l’ONG, BAA-YAN-MBE HAIWE, exhorte les familles en conflit à privilégier le dialogue plutôt que la force. Le message est clair : la stabilité sociale doit primer sur les intérêts claniques. Il revient désormais au Gouvernement et à l’Assemblée Nationale de se saisir de ce dossier brûlant. L’objectif est de réviser le cadre juridique pour offrir aux populations des chefs respectés, dont la nomination ne sera plus synonyme de sang versé, mais de continuité culturelle harmonieuse.
« Ensemble pour une tradition réformée et respectueuse des droits humains ! », conclut l’organisation, rappelant que la tradition, pour survivre, doit savoir évoluer avec son temps.
Arsène Nna



