L’avenir du riz camerounais en question : la Semry face au dilemme de la privatisation

Gazelle D'Afrique
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Face à une situation financière critique et un déficit structurel alarmant, la Société d’expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua (Semry) explore activement des pistes pour sauver son activité industrielle. L’entreprise publique camerounaise étudie sérieusement la mise en concession de ses deux usines de transformation de paddy, situées à Yagoua et Maga, dans l’Extrême-Nord.

Bien qu’aucune décision ne soit arrêtée, cette démarche, menée avec le Conseil d’appui à la réalisation des contrats de partenariat (CARPA), vise à déterminer le modèle le plus efficace pour enfin moderniser la filière rizicole nationale et réduire la coûteuse dépendance du Cameroun aux importations.

Du 12 au 13 novembre 2025, la Semry et le CARPA ont tenu des réunions de hautes importances pour analyser les options d’avenir de la transformation du paddy. L’enjeu n’est pas une simple ouverture de capital, mais l’évaluation d’une potentielle concession de la gestion de ses unités industrielles à un opérateur privé, ou, à l’inverse, le maintien de l’exploitation en régie interne.

Cette réflexion est motivée par un lourd passif financier. Un audit récent de la Chambre des comptes a révélé la situation critique de l’entreprise : structurellement déficitaire, la Semry ne parvient pas à couvrir les coûts réels de ses prestations agricoles. En 2021, produire un hectare de riz revenait à 276 547 FCFA, tandis que la redevance facturée aux riziculteurs (même avec la subvention étatique) laissait une perte nette de plus de 133 000 FCFA par hectare.

Pire encore, le kilo de riz blanchi coûte 743 FCFA à produire, mais est commercialisé à un prix de vente dérisoire de 376 FCFA, générant une perte de 236 FCFA par kilo, même après subvention. Les magistrats financiers sont clairs : sans une restructuration profonde, l’entreprise est « condamnée à disparaître ».

La Semry, dont la mission est de renforcer la production nationale face à des importations qui coûtent des centaines de milliards de FCFA chaque année au Cameroun, se trouve face à un dilemme majeur. D’un côté, la concession privée permettrait d’injecter des capitaux frais, d’apporter une expertise industrielle éprouvée et de moderniser des équipements obsolètes que l’entreprise, en difficulté, n’est pas en mesure de financer.

Ce schéma permettrait à la Semry de se recentrer sur ses missions agricoles et d’aménagement hydro-agricole, obtenant par la même occasion une meilleure visibilité budgétaire.

De l’autre, le maintien en régie garantirait un contrôle total de la chaîne de valeur, assurant l’intégration entre production, irrigation et transformation. Cette option, cependant, exige des investissements lourds et immédiats que les finances de l’État et les subventions irrégulières ne peuvent garantir.

Pour l’heure, la démarche est encore exploratoire. Les deux institutions s’engagent à élaborer un plan d’actions détaillé pour évaluer les scénarios et leurs impacts économiques.

Si l’option de la concession est retenue, le projet n’entrerait en phase de maturation qu’à partir de 2026, après validation par les plus hautes autorités, soulignant qu’aucune décision n’est attendue à court terme pour cette entreprise au cœur de la sécurité alimentaire camerounaise.

Abdoul Salam Moumini

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