Le 32ᵉ Forum de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale (AN) avec la Chambre des Comptes de la Cour Suprême a révélé, le jeudi dernier 20 novembre 2025, de graves insuffisances dans l’exécution des Lois de Finances. Ces anomalies, qui sapent la transparence et l’efficacité des politiques publiques, appellent une réforme urgente pour restaurer la crédibilité du Cameroun auprès de ses partenaires et assurer le financement des projets de développement importants.
Présidée par l’Honorable MOUTYMBO Rosette Epse AYAYI, la séance de travail a permis d’examiner le rapport d’exécution des Lois de Finances et les rapports de certification du Compte Général de l’État. L’allocution de M. Yap Abdou, Président de la Chambre des Comptes, a donné le ton à un exercice de reddition des comptes marqué par la franchise.
M. AYIBODO Jean Marie, Maître à la Cour Suprême, a détaillé les anomalies majeures observées, qui confirment un manque de rigueur dans la tenue de la comptabilité publique. L’on note entre autres : L’existence de comptes non prévus dans la nomenclature budgétaire. Des incohérences de soldes et des affichages de soldes anormalement faibles. L’absence cruciale d’évaluation des immobilisations de l’État (le patrimoine public). Des incertitudes dans l’évaluation de certains postes comptables. L’absence de l’État annexé, indispensable pour la bonne lecture des comptes. Cette situation a suscité les interrogations de plusieurs Députés, soulignant l’inquiétude du corps législatif face à cette opacité.
Les irrégularités mises en lumière par la Chambre des Comptes ont des implications économiques sérieuses pour le Cameroun.
Primo : Perte d’Efficacité et Fraude : L’absence d’une évaluation du patrimoine et les incohérences de soldes empêchent de connaître la richesse réelle de l’État et de s’assurer que les fonds sont utilisés conformément à leur destination. Cela ouvre la voie à la déperdition de ressources et freine directement l’efficacité des dépenses publiques. Secundo : Défiance des Partenaires : Le manque de transparence et la fiabilité insuffisante des comptes publiques constituent un signal négatif majeur pour les bailleurs de fonds internationaux (FMI, Banque Mondiale) et les investisseurs privés. Cela peut entraîner la suspension de financements ou le durcissement des conditions de prêts, pénalisant les projets stratégiques.
Tercio : Retard des Infrastructures : L’argent perdu ou mal tracé ne peut être affecté aux priorités nationales. Les anomalies compromettent la réalisation des recommandations stratégiques issues du Forum, notamment le renforcement du potentiel énergétique, l’accélération de la construction des axes routiers stratégiques, et l’amélioration urgente de l’accès à l’eau potable.
Pour restaurer la crédibilité et l’efficacité de sa gestion financière, le gouvernement camerounais est appelé à agir sur trois fronts principaux : Modernisation Comptable : Finaliser la transition vers la comptabilité en droits constatés (accrual basis), alignée sur les normes internationales IPSAS. Mettre en place un système d’inventaire et d’évaluation exhaustif pour inscrire les immobilisations de l’État au bilan, remédiant ainsi à leur non-évaluation. Harmoniser les systèmes d’information pour garantir la traçabilité et l’exactitude de toutes les opérations budgétaires et comptables.
Application de la Loi et Lutte Anti-Corruption : Accélérer l’adoption et l’application des décrets relatifs à la déclaration des biens et avoirs des hauts responsables, comme réclamé par le passé. Appliquer des sanctions fermes et systématiques à l’encontre des gestionnaires publics responsables des manquements constatés. Renforcement des Capacités : Mener des programmes de formation ciblés pour les agents sur les nouvelles normes comptables. Accorder les moyens accrus et garantir l’indépendance de la Chambre des Comptes afin qu’elle puisse exercer pleinement son rôle de contrôle.
La session, qui s’est achevée à 15h30, a donc souligné l’impératif de passer de la recommandation à l’action concrète pour garantir que les ressources nationales soient gérées de manière transparente et efficiente au service du développement socio-économique du Cameroun.
Arsène Nna
















