Sodecoton : L’État du Cameroun Reprend le Contrôle Total du Coton

Gazelle D'Afrique
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L’État du Cameroun a réalisé une opération financière et stratégique majeure en rachetant les 30% de parts que détenait le groupe français Geocoton (ex-CFDT) au sein de la Société de Développement du Coton (SODECOTON). Pour un montant d’environ 46 milliards de FCFA, officialisé dans la Loi de Finances rectificative 2025, la participation publique passe de 59% à un écrasant 89%. Ce mouvement, qui consacre le retour d’un contrôle quasi-total de l’État sur ce secteur vital, soulève des questions sur la stratégie future de l’entreprise, notamment sa potentielle introduction en bourse. Fait notable : l’homme d’affaires camerounais Baba Ahmadou Danpullo, via son groupe SMIC, conserve ses 11%, signe d’une volonté politique de préserver une expertise et un ancrage national dans le capital.

Le rachat des parts de Geocoton est bien plus qu’une simple transaction financière ; il s’agit d’un acte politique et économique fort avec des répercussions nationales et régionales.

L’Impact sur l’Économie Nationale : En portant sa participation à 89%, l’État camerounais reprend totalement la main sur la SODECOTON, un fleuron de l’agro-industrie.

Réduction de la Dépendance Étrangère : Cette opération met fin à une influence française historique (via l’ex-CFDT et Geocoton) sur la gestion et les orientations stratégiques de la filière cotonnière. C’est un pas vers la souveraineté économique, permettant au Cameroun de décider seul de l’avenir de sa production et de ses dérivés (huile végétale, alimentation animale).

Stabilité et Sécurité Alimentaire : La SODECOTON est au cœur de l’approvisionnement en huile et en savon. Le contrôle public renforcé permet de garantir la stabilité des prix et la sécurité de l’approvisionnement national, sans subir les potentiels arbitrages dictés par des intérêts étrangers.

Contrôle Transitoire et Bourse : L’opération est présentée comme une étape avant une ouverture partielle en bourse (BVMAC). En renforçant d’abord le contrôle, l’État s’assure de valoriser au mieux l’entreprise, de la restructurer si nécessaire, et de maîtriser les conditions de la future cotation boursière, attirant ainsi des investisseurs sans perdre l’orientation stratégique nationale.

Au delà de l’aspect macroéconomique, la SODECOTON est vitale pour les régions du Grand Nord (Nord, Extrême-Nord, Adamaoua), car elle est l’unique acheteur du coton et un employeur majeur.

Soutien aux Producteurs : L’État est désormais entièrement responsable des plus de 250 000 producteurs de coton. Le contrôle total de la filière permet une politique de prix d’achat plus facilement alignée sur les objectifs de développement social et de lutte contre la pauvreté dans ces régions sensibles, sans la contrainte des exigences de rentabilité immédiate d’un actionnaire étranger.

Développement Régional : Le siège de la société se trouvant à Garoua, ainsi que ses usines (égrenage, huilerie-savonnerie), le renforcement du contrôle public garantit que les bénéfices et les investissements prioritaires (infrastructures, extension des capacités) restent focalisés sur le développement de cette zone économiquement cruciale et sécuritairement fragile.

Toutefois, le maintien des 11% de l’homme d’affaires Baba Ahmadou Danpullo (via SMIC) est une décision qui va à l’encontre d’une nationalisation totale, mais qui est stratégiquement motivée.

Allié Industriel National : Danpullo n’est pas un simple investisseur financier. Il est un partenaire industriel historique et local, avec des intérêts dans l’agro-industrie et la logistique qui sont intrinsèquement liés aux activités de la SODECOTON. Le garder assure une continuité dans la chaîne de valeur.

Stabilité et Ancrage Local : La SMIC est présente dans le capital depuis la création en 1974. Maintenir cette participation privée camerounaise forte permet d’éviter une rupture brutale et d’assurer un ancrage régional stable dans le Nord, essentiel à la bonne marche des activités.

Équilibre Politique : Danpullo est une figure politique et économique incontournable, proche du pouvoir. L’exclure aurait pu créer des tensions internes ou signaler une volonté de l’État de marginaliser les grands entrepreneurs nationaux. Le gouvernement opte pour une « nationalisation équilibrée », avec un contrôle fort de l’État, mais avec un allié privé camerounais minoritaire et fiable.

En définitive, le Cameroun a payé le prix fort pour garantir sa maîtrise du secteur coton. L’enjeu est désormais de transformer ce contrôle public accru en une amélioration concrète de la gestion et de la performance, au bénéfice des producteurs et de l’économie nationale.

Aboubakar Alhadji Salé

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