L’athlète tchadien Abdoulaye Robinho est au centre d’une situation qui met en lumière les défaillances criantes de la prise en charge des sportifs de haut niveau au Tchad. Après une année d’inactivité due à une blessure, il se retrouve dans une impasse financière, incapable de payer les frais médicaux nécessaires pour retirer le matériel chirurgical de sa jambe. Son appel à l’aide, adressé au ministère des Sports et à sa fédération, résonne comme un signal d’alarme sur la précarité de la vie de ces champions, abandonnés une fois les projecteurs éteints.
L’histoire d’Abdoulaye Robinho n’est malheureusement pas un cas isolé, mais le reflet d’un problème systémique qui gangrène le sport tchadien depuis des décennies. Les athlètes, qui portent haut les couleurs du pays et inspirent la jeunesse, sont trop souvent laissés à leur propre sort une fois qu’une blessure survient ou que leur carrière touche à sa fin.
Le cas de Robinho, contraint de lancer un appel public pour une somme relativement modeste de 420 000 francs CFA, est une illustration parfaite de cette négligence. L’hôpital de la Renaissance exige le paiement avant de procéder à l’acte chirurgical final, laissant le jeune homme dans l’incertitude et la souffrance.
La situation actuelle met en lumière l’absence de politiques claires et efficaces de la part des fédérations sportives et du ministère de la Jeunesse et des Sports. En effet, la plupart des fédérations au Tchad manquent cruellement de moyens financiers et de structures solides pour assurer une prise en charge médicale complète de leurs athlètes.
Les contrats d’assurance-santé sont rares, voire inexistants. Les athlètes sont contraints de payer de leur poche les soins, les rééducations, et même les consultations, les laissant vulnérables face à la moindre blessure grave.
Au-delà de la question de la prise en charge des blessures, la précarité des sportifs tchadiens se prolonge bien après la fin de leur carrière. Les fédérations et l’État ne mettent que très rarement en place des programmes de réinsertion professionnelle ou d’aide à la reconversion.
Beaucoup d’anciens champions se retrouvent sans emploi, souvent sans diplôme et sans les compétences nécessaires pour s’insérer sur le marché du travail. Leur retraite sportive est synonyme de chômage et de galère financière, effaçant d’un coup des années de sacrifices et de dévouement.
Cette situation a des conséquences désastreuses. Elle décourage les jeunes talents de se lancer dans une carrière sportive, car ils savent que l’avenir est incertain et que le soutien des institutions est illusoire. Elle entache également l’image du sport tchadien, montrant un système qui consomme et abandonne ses héros.
Le cri de cœur d’Abdoulaye Robinho n’est pas seulement un appel à l’aide personnel, il est une demande collective pour un changement radical dans la manière dont le pays traite ses sportifs. Il est impératif que les autorités, le ministère en tête, et les fédérations respectives, mettent en place des mécanismes de protection sociale et d’accompagnement pour ces athlètes qui, au fond, ne demandent qu’à être valorisés pour leur dévouement. L’avenir du sport tchadien en dépend.
Arsène Nna

