Dans le Logone-et-Chari, bastion historique du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), les fissures se font de plus en plus visibles à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre. Face à une jeunesse plus ou moins abusée et courtisée par l’opposition, le parti au pouvoir tente de ressouder ses rangs. C’est dans ce climat de défiance qu’un jeune militant convaincu, Emma Bichara, lance un appel vibrant à la mobilisation, exhortant ses pairs à rester fidèles à Paul Biya et à ne pas céder aux sirènes du changement. Alors que les démissions s’enchaînent, ce député suppléant parviendra-t-il à convaincre la jeunesse du bien-fondé d’une promesse de paix et de développement, mise à mal par des décennies de stagnation ? Lire notre analyse.
Dans l’arène politique camerounaise, le département du Logone-et-Chari a longtemps été un bastion imprenable pour le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Un véritable « blockhaus », selon les observateurs, où les scores électoraux en faveur du président Paul Biya s’élevaient à des niveaux quasi soviétiques. Mais l’image d’une forteresse politique inébranlable semble aujourd’hui se fissurer, sous le poids d’un mécontentement grandissant, et particulièrement visible chez les jeunes.
L’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025 révèle des signes d’érosion alarmants pour le parti au pouvoir. La jeunesse locale, autrefois pilier de sa base électorale, exprime un ras-le-bol palpable. Après plus de quarante ans de règne, l’état de la nation, et en particulier des infrastructures régionales, alimente une frustration que l’opposition s’empresse d’exploiter. Les promesses non tenues et les difficultés quotidiennes, symbolisées par l’état déplorable de la route nationale N°1, créent un terrain fertile pour les discours de rupture.
Ce désenchantement ne se cantonne pas aux discussions de rue. Il se matérialise par des actes de défiance retentissants. Ces derniers mois, le RDPC a été le théâtre de démissions en chaîne, avec en tête de liste des figures de la jeunesse. Les cas les plus emblématiques sont la démission du président de la section de l’Organisation des Jeunes du RDPC (OJ-RDPC) de Logone Birni, et celle du bureau de la sous-section de Kousséri 7. Des départs qui, au-delà de leur aspect anecdotique, envoient un signal fort : la confiance s’effrite et le militantisme ne suffit plus à retenir les troupes.
Le département du Logone-et-Chari, jadis une source intarissable de voix pour le RDPC, pourrait-il se transformer en une zone d’incertitude ? La question est sur toutes les lèvres, car un affaiblissement du parti dans cette région pourrait avoir des répercussions significatives sur l’issue du scrutin. Les responsables locaux du parti se retrouvent dans une position délicate, peinant à défendre un bilan mis à mal par une réalité de terrain qui, pour beaucoup, est désastreuse. L’insécurité grandissante, marquée par des enlèvements quotidiens, s’ajoute au casse-tête des infrastructures.
La route Kousséri-Dabanga-Waza-Mora, en particulier, est devenue un symbole de la faillite des promesses gouvernementales. Son état, rendu impraticable par la saison des pluies, entrave le développement économique et renforce le sentiment d’abandon.
Face à cette hémorragie, certains militants du RDPC refusent de baisser les bras. Ils se lancent dans une contre-offensive, usant de leur influence pour galvaniser les troupes. Emma Bichara, député suppléant de l’Honorable KAMSSOULOUM ABBA KABIR, incarne cette résistance. Conscient des défis, il ne minimise pas la colère de la population. Il reconnaît publiquement que « les populations sont exacerbées » et que les promesses n’ont pas toutes été tenues.
Mais plutôt que de céder au pessimisme, il choisit d’adopter un discours de pragmatisme et de loyauté.
À cet effet, il lance un appel vibrant à toute la jeunesse du département, et une prise de conscience collective: de Goulfey à Logone Birni, de Waza à Kousséri, et jusqu’à Blangoua et Makary, de la base au sommet, Emma Bichara lance ce message : malgré les difficultés, le parti au pouvoir a « tout donné » à la région.
Il appelle à se rappeler des acquis du régime et à faire preuve de fidélité, en dépit du marasme ambiant. Pour lui, le choix de Paul Biya est le seul qui garantisse la « vérité unique » d’un avenir de « paix inébranlable » et de « développement durable ». Il s’agit, selon ses mots, d’un appel à un « suffrage sans bavure », une mobilisation « sans pareil » pour que chacun, du simple militant au sympathisant, « démontre son niveau de militantisme et d’engagement ».
L’appel d’Emma Bichara est un plaidoyer passionné pour la continuité. Il mise sur la mémoire collective et le sentiment d’appartenance, invitant les jeunes à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Il tente de rallumer la flamme du militantisme dans un contexte où les départs semblent indiquer que cette flamme est sur le point de s’éteindre.
Son message s’adresse directement aux jeunes, ces acteurs politiques clés qui, selon lui, doivent prouver leur « appartenance au RDPC » en votant pour le candidat du parti.
Cependant, la question demeure : cet appel à la fidélité, aussi sincère soit-il, pourra-t-il rivaliser avec la promesse de changement radical que porte l’opposition ?
Le Logone-et-Chari, longtemps bastion inébranlable, est à la croisée des chemins. L’élection d’octobre ne sera pas seulement un test pour Paul Biya ; elle sera aussi la jauge d’une transformation profonde du paysage politique camerounais.
Le Logone-et-Chari se trouve donc à un moment charnière de son histoire politique. Historiquement acquis au RDPC, le département voit aujourd’hui ses jeunes militants s’éloigner d’un parti qu’ils accusent de ne pas avoir su répondre à leurs aspirations. L’appel vibrant d’Emma Bichara à la loyauté et à la mobilisation est une tentative de sauver ce qui peut encore l’être. Mais il reste à voir si son message, fondé sur la promesse de stabilité et de développement futurs, saura l’emporter face à la colère et aux espoirs de changement incarnés par les candidats de l’opposition.
L’élection présidentielle à venir révélera si le « blockhaus » du Logone-et-Chari a définitivement cédé ou s’il a encore la force de résister aux assauts du temps et de la jeunesse.
Arsène Nna

