Le Cameroun est à la veille d’un tournant politique majeur. Alors que la démission retentissante d’Issa Tchiroma Bakary du gouvernement vient de secouer les fondations du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), l’attention se tourne désormais vers Yaoundé. Le 28 juin 2025, le Comité Central de l’Union Nationale pour la Démocratie et le Progrès (UNDP), convoqué par son président national Bello Bouba Maïgari, tiendra une réunion d’une importance capitale. Cette rencontre, exceptionnellement élargie aux cadres du parti, pourrait bien sceller le destin d’une alliance historique de plus de deux décennies avec le RDPC, et potentiellement fragiliser davantage la toile des alliances politiques du parti au pouvoir à l’approche de la présidentielle d’octobre 2025.
La démission d’Issa Tchiroma n’est pas un acte isolé. Elle s’inscrit dans un contexte de mécontentement croissant au sein des régions septentrionales, traditionnellement des bastions électoraux cruciaux. Son discours acerbe, critiquant ouvertement les 43 ans de pouvoir de Paul Biya et dénonçant l’absence de retombées concrètes pour sa région, a envoyé un signal fort.
La perte de cet allié majeur, couplée à l’ambition à peine voilée d’Issa Tchiroma de briguer la magistrature suprême, demeure le grand suspens de ce feuilleton politique. Une candidature qui devrait être officialisée ce vendredi à Garoua par le Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC), met le RDPC face à un défi sans précédent. La loyauté, hier acquise, se fissure, et la course aux alliances se durcit.
L’UNDP, autrefois force politique dominante du Grand Nord, se trouve à un carrefour décisif. L’alliance avec le RDPC, initiée en 1997 pour stabiliser le paysage politique post-électoral, a, avec le temps, dilué son identité.
De 68 parlementaires en 1992, le parti n’en compte plus que 4 aujourd’hui, une érosion qui nourrit une profonde frustration à la base. L’Adamaoua, son bastion incontesté, où le parti contrôle encore des institutions locales, gronde et réclame l’émancipation.
Cette aspiration à une « force politique indépendante » n’est plus un murmure, mais une revendication assumée. Le souvenir de l’héritage d’Ahmadou Ahidjo, bien que toujours vivace dans les trois régions septentrionales, ne suffit plus à contenir l’impatience des militants désireux de voir leur parti retrouver une véritable influence.
Face à cette agitation interne et à l’approche des élections présidentielles, l’UNDP est confrontée à un dilemme stratégique. Trois scénarios majeurs se dessinent pour la réunion de ce vendredi : une rupture franche, avec la présentation de son propre candidat à la présidentielle ; un repositionnement stratégique, visant à négocier un partage du pouvoir plus équitable avec le RDPC en brandissant la menace d’une candidature autonome ; ou un repli tactique, où le parti reviendrait, comme par le passé, dans le giron du RDPC, au risque de perdre le peu de crédibilité politique qu’il lui reste.
Le silence, ou plutôt les frémissements, observés dans le Grand Nord révèlent une recomposition latente du paysage politique. Des personnalités publiques, discrètes mais influentes, affûtent déjà leurs réseaux, prêtes à capter le courant des militants déçus et des ambitions orphelines. Si l’UNDP n’ose pas le « sursaut historique » attendu par sa base, d’autres forces pourraient bien occuper ce vide.
L’urgence d’une recomposition des alliances est palpable, non seulement pour l’UNDP, mais aussi pour le RDPC, qui voit ses bastions traditionnels fragilisés. Le rendez-vous de Yaoundé, cette fin de semaine, ne sera pas qu’une simple réunion de parti ; il s’agira d’un moment de vérité, où l’UNDP devra choisir entre la nostalgie d’une alliance passée et la nécessité de retrouver sa voix pour rester un acteur pertinent dans l’architecture démocratique camerounaise.
L’issue de cette réunion sera un indicateur clé de la capacité du RDPC à maintenir sa cohésion face aux défis électoraux à venir.
La Rédaction, crédits images: Jeune Afrique
