En raccordant directement les villages enclavés des cantons Fang et Bulu grâce à des transformateurs de puissance, la Commune de Djoum démontre que le développement rural se gagne par l’action pragmatique plutôt que par les promesses. Un tournant sociologique et économique majeur pour le Dja-et-Lobo.
À Djoum, le crépuscule a longtemps ressemblé à une sentence sans appel. Dès que le soleil basculait derrière le relief forestier du Sud, un silence pesant enveloppait Akontangane, Doum, Aboeloene ou Djouze. Sans électricité, la société s’éteignait à 18h30. Les écoliers rangeaient leurs cahiers, les boutiques baissaient le rideau, et les centres de santé bricolaient une médecine d’urgence à la lueur précaire des téléphones ou des lampes à pétrole.
Cette « peine d’ombre » n’était pas seulement une gêne logistique ; elle agissait comme un frein structurel au développement, condamnant les populations rurales à la subsistance et à l’isolement.
C’est précisément cette fatalité qu’a décidé d’attaquer la municipalité. Plutôt que d’attendre l’hypothétique déploiement de méga-projets nationaux, l’exécutif communal, sous la conduite de S.M. Vincent Foumane Ngane, a fait le choix de l’action chirurgicale : l’achat et le maillage direct de transformateurs de puissance au cœur des bassins de vie oubliés.
Sur le plan de la méthode, cette stratégie s’appuie sur une armature rigoureuse : un investissement direct adossé aux ressources communales, couplé à un partenariat étroit avec les services techniques déconcentrés de l’État — incarnés ici par Martial Nna Mefe, Délégué départemental du MINEE, et l’ingénieur Rostand Ndongo Amane. L’enjeu n’est pas seulement de brancher des câbles, mais d’orchestrer un contrôle strict des raccordements ménagers afin de garantir la sécurité absolue des populations. Une approche trans-cantonale qui embrasse à la fois les réalités des populations Fang et Bulu, unifiant tout l’arrondissement dans un même élan de modernisation.
Dans les foyers d’Akontangane, la réaction dépasse le simple soulagement matériel. Pour des générations habituées à la pénombre, voir s’allumer une ampoule relève du basculement existentiel. Comme le résume Pierre Zambo, figure locale, l’énergie redonne avant tout de la dignité et le sentiment d’appartenir au monde contemporain.
Les retombées de cette révolution silencieuse se lisent d’abord sur le plan du capital humain, où la fin des lampes tempêtes toxiques offre enfin aux élèves des conditions d’étude propices à l’élévation des taux de réussite. Sur le front micro-économique, l’impact est tout aussi saisissant : l’extension des horaires d’ouverture des commerces, la mécanisation du traitement du manioc et la possibilité de conserver les denrées périssables insufflent une vitalité inédite aux marchés locaux. Enfin, la sécurité publique et la santé se trouvent profondément consolidées, l’éclairage nocturne permettant de sécuriser les rues et d’assurer des prises en charge médicales d’urgence — notamment les accouchements — dans des conditions dignes.
L’expérience menée à Djoum dépasse le cadre strictement local. Elle offre un cas d’école sur ce que doit être une décentralisation réussie : une réponse concrète, financée et techniquement encadrée aux besoins vitaux des citoyens. En privilégiant l’impact direct sur le bavardage politique, la municipalité démontre que le désenclavement de l’Afrique rurale passe d’abord par des choix de gestion courageux et ancrés dans le réel.
Arsène Nna


