Retrait des anciennes pièces BEAC : Quand la modernisation monétaire menace le panier de la ménagère

Gazelle D'Afrique

Alors que le retrait définitif des pièces de monnaie des gammes 1958 à 1985 approche à grands pas dans la zone CEMAC, la confusion gagne le terrain. Face à des refus anticipés qui asphyxient déjà les petits échanges urbains, le Réseau des Défenseurs des Droits des Consommateurs (REDCO) tire la sonnette d’alarme et exige de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) un virage stratégique : passer des communiqués de bureau à une véritable sensibilisation de proximité.

L’intention de départ est pourtant saluée par tous. Le 7 octobre dernier à N’Djamena, le Comité ministériel de l’Union Monétaire de l’Afrique Centrale (UMAC) actait la fin du cours légal des pièces émises entre 1958 et 1985. Une décision de bon sens économique visant à assainir et moderniser la masse monétaire en circulation dans l’espace communautaire. La date couperet est fixée : le 1er novembre 2026.

Pourtant, à peine la décision annoncée, la mécanique du marché s’est grippée. La cause ? Une méconnaissance générale des règles du jeu et un vent de panique irrationnel chez les commerçants.

Selon une enquête de terrain menée du 10 au 16 octobre par le REDCO à Yaoundé, Douala, Bafoussam et Kousseri, le constat est alarmant. Sans attendre le délai légal, des stations-service, des supermarchés et des commerces de détail refusent catégoriquement de recevoir ces pièces.

« Jusqu’au 31 octobre à minuit, ces pièces conservent l’intégralité de leur pouvoir libératoire. Tout refus prématuré est non seulement abusif, mais constitue une entrave illégale à la circulation monétaire », rappelle la société civile.

Cette phobie soudaine du « métal périmé » frappe de plein fouet les maillons les plus vulnérables du tissu économique local : taximen, mototaximen et revendeuses de vivres (bayam-sellam). Ironie du sort, ce sont ces mêmes acteurs de proximité qui auraient dû servir de canal naturel d’irrigation pour faire remonter le monnayage obsolète vers le système bancaire. En leur fermant la porte prématurément, le commerce formel et semi-formel crée un blocage artificiel dommageable.

Les 4 exigences du REDCO pour éviter le chaos

Face à ce qu’elle qualifie d’« inadmissible », la Présidente Nationale du REDCO, Mme Ebieline Marie-Hélène, interpelle directement la banque centrale. Pour le réseau, la communication institutionnelle feutrée a atteint ses limites. Pour éviter que le consommateur final — et en particulier le plus démuni — ne voie son pouvoir d’achat rogné, le REDCO soumet un plan d’urgence en quatre points :

* Des caravanes de sensibilisation de proximité : Quitter les salons de la haute finance pour aller à la rencontre des citoyens dans les marchés, gares routières et grandes surfaces. L’information doit être traduite en français, anglais et langues nationales.

* L’implication des relais communautaires : Associer formellement chefs traditionnels, syndicats de transporteurs et leaders d’associations de consommateurs pour diffuser la bonne information et rassurer les ménages.

* Un cadrage ferme des banques et EMF : Émettre une note d’instruction contraignante aux banques et établissements de microfinance. L’échange gratuit prévu du 1er novembre 2026 au 31 octobre 2027 ne doit souffrir d’aucun frais caché ni de conditions d’ouverture de compte complaisantes.

* Un numéro vert d’urgence : Mettre à disposition un canal direct de signalement pour dénoncer les refus illégaux d’ici le 1er novembre et arbitrer les litiges d’échange ultérieurs.

La monnaie repose avant tout sur un contrat social : la confiance. Lorsque la pédagogie fait défaut, le soupçon s’installe, et c’est l’économie du quotidien qui trébuche.

En interpellant la BEAC et les ministères de tutelle (MINFI, MINCOMMERCE), les défenseurs des consommateurs rappellent une vérité fondamentale : moderniser le parc monétaire d’une sous-région ne se résume pas à signer des arrêtés ministériels. C’est un accompagnement humain et sociologique de chaque instant. La BEAC dispose encore de quelques jours pour rectifier le tir et éviter qu’une mesure de salubrité financière ne se transforme en casse-tête social.

Arsène Nna 

 

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