Le 24 septembre 2026 restera gravé dans la mémoire collective du Logone-et-Chari. À Hilé-Alifa, une cité longuement éprouvée par les exactions criminelles et la terreur asymétrique de Boko Haram et de l’Iswap, l’inauguration du nouveau poste de commandement de l’Opération Lac-Tchad du Bataillon d’Intervention Rapide (BIR) ne constitue pas un simple événement protocolaire. C’est un acte géopolitique majeur, une réponse structurelle à des années de traumatismes profonds subis par les populations riveraines.
Pour saisir la portée stratégique et symbolique de cette infrastructure érigée sur instruction expresse du Chef de l’État, Chef des Forces Armées, il faut mesurer l’ampleur du supplice traversé par Hilé-Alifa et ses environs. Situé dans une cuvette fluviale autrefois prospère grâce à la pêche, à l’agriculture et au commerce transfrontalier, cet arrondissement est progressivement devenu l’épicentre d’une insécurité dévastatrice.
Pendant plus d’une décennie, le quotidien des habitants a été rythmé par les incursions nocturnes, les pillages de cheptels, les enlèvements contre rançon et les massacres aveugles. L’économie locale s’est effondrée, jetant des milliers de familles dans le dénuement et forçant des pans entiers de la population au déplacement interne. Les écoles fermées, la peur chevillée au corps, l’enfance volée : le Logone-et-Chari portait les stigmates d’un bassin étouffé par le spectre du terrorisme.
C’est sur ce terreau d’angoisse et de résilience que s’incruste la réponse de l’État. La cérémonie d’inauguration du 24 septembre a réuni un aréopage d’autorités civiles, militaires, traditionnelles et religieuses. Aux côtés du Préfet du Logone-et-Chari, Fombélé Mathias Tayem, la présence du Général de Brigade François Pelené, Coordonnateur Général des BIR, du Colonel Jérôme Francis Nko’o Ella (Commandant de l’opération Alpha), du Colonel Mohaman (Commandant de l’opération Lac-Tchad) et du Maire Ali Cheick Djibrine témoigne de la centralité de cet événement.
Ce poste de commandement ultra-moderne marque une rupture dans la doctrine d’engagement. En installant un centre névralgique opérationnel au plus près du théâtre d’opérations, le BIR passe d’une logique de réaction à une posture de maillage permanent et de contrôle territorial strict.
Dans son allocution, le Général de Brigade François Pelené a clairement réaffirmé cet ancrage : cette réalisation symbolise la proximité retrouvée entre l’unité d’élite et les citoyens. En promettant une densification continue du dispositif par la création de nouveaux camps, le commandement militaire dessine les contours d’un bouclier infranchissable autour du bassin du Lac Tchad.
Si l’infrastructure technique garantit la puissance de feu, la victoire durable contre le terrorisme repose sur la cohésion sociale et la vigilance citoyenne. Le Préfet Fombélé Mathias Tayem l’a rappelé avec fermeté lors de cette descente conjointe : le retour de la paix exige une remobilisation immédiate des comités de vigilance sous l’encadrement des autorités administratives locales.
L’autre volet fondamental de ce redressement est humain. En lançant un appel vibrant pour la scolarisation massive des enfants de l’arrondissement, le représentant de l’État s’attaque directement aux racines de la vulnérabilité que les groupes extrémistes ont si souvent exploitée. L’éducation redevient le rempart ultime contre l’obscurantisme. Une vision pleinement partagée par le Maire Ali Cheick Djibrine, qui a salué au nom de ses administrés le sacrifice et la constance des BIR dans la protection des civils.
L’inauguration du poste de commandement de Hilé-Alifa dépasse les frontières du Logone-et-Chari. Elle envoie un message clair aux groupes criminels qui écument la bassin du Lac Tchad : l’État du Cameroun ne cédera pas un pouce de son territoire.
Pour les populations meurtries de Hilé-Alifa, le rugissement des moteurs et le pas cadencé des éléments du BIR ne sont plus les présages de la guerre, mais les garants du retour de la vie, du commerce et de la dignité. La reconquête de la tranquillité est en marche, gravée dans le béton de cette nouvelle infrastructure stratégique.
Abdoul Salam Moumini
