Un nouvel épisode vient secouer l’échiquier administratif et traditionnel de la métropole économique. Au cœur de cette tension d’une rareté déconcertante : l’intronisation d’un chef traditionnel Sawa au lieu-dit Mbanya, à Douala. Au-delà de la simple cérémonie coutumière, ce dossier soulève une question inédite d’anthropologie du pouvoir et d’orthodoxie administrative, opposant frontalement le Gouverneur de la Région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, au Préfet du Département du Wouri, Sylyac Marie Mvogo.
La genèse du différend réside dans la mémoire spirituelle du site de Mbanya. Cet endroit a abrité, par le passé, des rites traditionnels d’envergure offerts au Chef de l’État, S.E. Paul Biya, par les gardiens de la tradition Sawa. Dès lors, une divergence d’interprétation fondamentale s’est installée entre les deux plus hautes autorités de la région.
Saisi par les dignitaires Sawa, le Préfet Sylyac Marie Mvogo a opposé un refus conservatoire. Fort de son expérience administrative — notamment dans la Mvila où un site similaire, marqué par le « Moabi présidentiel », est demeuré inviolé —, l’administrateur civil principal a rappelé un principe cardinal : un espace sanctifié par un rituel au bénéfice du Chef de l’État relève des affaires réservées de la Présidence de la République. Pour le Préfet du Wouri, aucune autorité locale ne peut, de son propre chef, autoriser une nouvelle emprise coutumière sur ce périmètre sans en référer préalablement au Cabinet Civil ou à la Présidence de la République, suivant l’exemple du Président du Ngondo.
À l’inverse, le Gouverneur du Littoral a privilégié une approche de conciliation immédiate avec les communautés autochtones. Estimant que les exécutants du rite initial étaient les mêmes que ceux sollicitant le site aujourd’hui, le patron de la région a donné son feu vert, apaisant sur-le-champ les requérants.
Si la démarche du Gouverneur répond à une logique de pacification sociale à court terme, l’analyse froide des usages du pouvoir d’État donne fondamentalement raison à la posture du Préfet du Wouri. En matière de haute gouvernance, le Chef de l’État n’est pas seulement le premier magistrat de la nation ; il est, dans la sociologie politique camerounaise, le Nnom Nguï, le chef de tous les chefs traditionnels.
Les rites accomplis sur la personne du Président de la République participent de ce que les experts nomment la « sécurité spirituelle » de l’institution présidentielle. Ces actes ne sont pas de simples manifestations folkloriques, mais des engagements coutumiers de haute portée institutionnelle. Par conséquent, les lieux qui abritent ces cérémonies basculent implicitement dans le giron des affaires réservées d’État, gérées exclusivement par le Ministre Directeur du Cabinet Civil ou le Secrétaire Particulier du Chef de l’État.
En orientant les autorités traditionnelles vers la Présidence de la République, Sylyac Marie Mvogo n’a fait qu’appliquer le principe de précaution institutionnelle. Accorder une autorisation spontanée sur un tel site, sans l’aval explicite de la haute chancellerie présidentielle, expose l’administration au risque d’une désacralisation du pouvoir républicain. Le Préfet du Wouri a ainsi agi en gardien orthodoxe de la hiérarchie des normes et de la sacralité de la fonction présidentielle.
Cette confrontation entre la diplomatie de proximité du Gouverneur et la rigueur légaliste du Préfet illustre la complexité du commandement territorial au Cameroun. Cependant, dans un contexte métropolitain où chaque symbole compte, la fermeté méthodique du Préfet Sylyac Marie Mvogo rappelle une vérité essentielle : l’autorité de l’État ne saurait s’effacer devant des accommodements de circonstance.
En exigeant que le canal présidentiel soit respecté, le Préfet du Wouri protège non seulement le protocole d’État, mais prémunit également les autorités traditionnelles contre toute interférence dans le sanctuaire spirituel du Chef de l’État. Une posture républicaine qui, loin d’être un blocage, s’affirme comme une démonstration de haute maturité administrative.
Arsène Nna

