Enfoncé dans le bassin du lac Tchad, l’arrondissement de Darak vit l’une des crises humanitaires et sécuritaires les plus graves de son histoire récente. Victime de l’insécurité chronique qui a contraint plus de la moitié de sa population à l’exode, cette commune insulaire du Logone-et-Chari se meurt dans un isolement critique. Entre absence d’infrastructures sanitaires, manque criant d’eau potable et paralysie de la pêche, voyage au cœur d’une enclave stratégique qui lance un appel d’urgence pour sa survie.
Ce qui était autrefois un pôle économique dynamique, porté par la pêche et le commerce transfrontalier, ressemble aujourd’hui à une terre en sursis. L’insécurité permanente – entretenue par les exactions des groupes armés et les incursions criminelles dans la zone du lac Tchad – a fini par briser l’élan de Darak.
Le constat sur le terrain est amer : plus de la moitié des habitants ont été contraints de tout abandonner pour trouver refuge dans des zones plus sécurisées. Les villages se vident de leurs forces vives, les marchés autrefois populeux perdent de leur superbe, et les zones de pêche sont devenues des périmètres à haut risque. Pour ceux qui ont fait le choix de rester, chaque jour est un défi de survie où la peur de l’incursion armée rythme le quotidien.
À la précarité sécuritaire s’ajoute un dénuement sanitaire critique. À Darak, tomber malade pendant la nuit s’apparente à une condamnation. L’arrondissement ne dispose pas d’un hôpital public moderne ni d’un plateau technique capable de gérer les urgences médicales ou les accouchements à risque. Les évacuations médicales, compliquées par la géographie insulaire et la distance, se soldent trop souvent par des drames évitables.
Sur le plan de l’accès à l’eau, la situation est tout aussi paradoxale : bien que bordée par les eaux du lac, la population manque cruellement d’eau potable. L’absence de forages modernes contraint les ménages à consommer des eaux de surface non traitées, exposant les enfants et les personnes âgées à de récurrentes épidémies de maladies Hydriques.
Face à ce naufrage socio-économique et sécuritaire, l’attentisme n’est plus de mise. Pour enrayer l’exode et stabiliser l’arrondissement, une stratégie d’urgence globale s’impose :
* Un maillage sécuritaire terre-eau renforcé : La priorité absolue demeure la sécurisation des voies naviguables et des corridors commerciaux. Le déploiement accru et la modernisation des équipements des forces de défense et de sécurité (notamment la marine fluviale) sont indispensables pour rassurer les populations et inciter les déplacés au retour.
* Un plan d’urgence pour la santé et l’eau (Plan ORSEC local) : La construction et la dotation immédiate en personnel et médicaments d’un centre médical d’arrondissement (CMA) équipé, couplées à un programme d’urgence de forages hydrauliques, constituent le socle minimal pour restaurer la dignité des résidants.
* La relance encadrée de l’économie bleue : La pêche étant la colonne vertébrale de l’économie locale, la création de zones de pêche sécurisées et l’appui aux coopératives de pêcheurs permettront de réorganiser la filière et d’offrir des perspectives d’emploi immédiates à la jeunesse.
* Un programme spécial de réinsertion et d’éducation : Pour éviter que les jeunes désœuvrés ne cèdent aux sirènes des groupes criminels, l’État et les partenaires humanitaires doivent investir dans la réouverture des écoles et la création d’ateliers de formation professionnelle.
Darak ne réclame pas de la charité, mais l’exercice effectif de la solidarité nationale. Sans une intervention structurante et rapide des pouvoirs publics et de la communauté internationale, cette enclave stratégique risque de s’éteindre définitivement sous le poids de l’insécurité et de l’abandon.
Arsène Nna

