​RDPC : La fracture post-Cavayé du Mayo-Sava

Gazelle D'Afrique

À l’approche des prochaines échéances électorales, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) traverse une zone de turbulences inédite dans la région de l’Extrême-Nord. Quelques mois après la disparition du président de l’Assemblée nationale, Cavayé Yéguié Djibril, la section du Mayo-Sava sombre dans une crise profonde. Une démission collective de plus de 400 militants à Tokombéré, emmenés par leur Secrétaire général adjoint et immédiatement accueillis par l’Union démocratique du Cameroun (UDC), illustre la fragilisation progressive du parti au pouvoir dans ce qui fut longtemps son réservoir de voix le plus fidèle.

La politique locale ne s’embarrasse plus de faux-semblants. La démission du Secrétaire général adjoint de la section Mayo-Sava Sud et de ses troupes s’est accompagnée d’un acte symbolique fort : la restitution physique de 400 cartes d’adhérents et la transmission de listes nominatives détaillées aux instances locales du RDPC.

Loin d’une simple rumeur, ce départ massif désorganise l’appareil du parti à la base. Et la réplique politique n’a pas tardé : les dissidents ont officiellement rejoint les rangs de l’UDC. Ils ont été installés dans leurs nouvelles fonctions par la présidente du parti, Patricia Ndam Njoya, venue en personne formaliser cet ancrage dans un département autrefois réputé imprenable.

Cette crise révèle au grand jour ce que beaucoup pressentaient : la succession politique de Cavayé Yéguié Djibril, décédé en mai 2026, s’annonce particulièrement complexe. Figure tutélaire de la région depuis plusieurs décennies, l’ancien président de l’Assemblée nationale maintenait l’appareil local sous un contrôle strict, étouffant les rivalités internes et contenant les ambitions contestataires.

Sa disparition a libéré des tensions accumulées au fil des ans. La base militante, confrontée à un sentiment de blocage et à un manque de renouvellement des cadres, exprime désormais ouvertement ses frustrations. Sans figure d’autorité capable d’imposer l’arbitrage, le couvercle a sauté, laissant émerger un mécontentement structuré.

Tokombéré n’est pas un cas isolé. À Mora, d’autres figures historiques comptant des décennies de militantisme au sein du RDPC ont également choisi de rendre leur tablier. Ces départs en chaîne mettent en lumière une usure des structures traditionnelles du parti dans l’ensemble du département.

Cette érosion profite directement à des formations politiques dynamiques sur le terrain. Outre la percée de l’UDC, des forces comme le Front pour le salut national du Cameroun (FSNC) d’Issa Tchiroma Bakary renforcent leur présence dans la zone, offrant des alternatives politiques à des militants en quête de repères ou de reconnaissance.

Pour la direction politique du RDPC à Yaoundé, la situation dans le Mayo-Sava constitue un signal d’alarme direct. L’Extrême-Nord a historiquement joué un rôle clé dans les équilibres électoraux majeurs du pays. Voir ce verrou stratégique se fragiliser à quelques mois des prochains scrutins impose une réévaluation rapide des dynamiques locales.

Si le parti au pouvoir conserve des ressources et un maillage important, la crise du Mayo-Sava montre que la fidélité des fiefs historiques ne peut plus être considérée comme acquise. Sans initiative rapide pour restructurer les sections et répondre aux attentes de la base, le RDPC pourrait voir d’autres bastions de la région glisser progressivement vers l’opposition.

Arsène Nna 

 

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