Tech, IA et Agropastoral : Comment la jeunesse du Littoral et du Sud-Ouest réinvente l’entrepreneuriat camerounais

Gazelle D'Afrique

Un ordinateur portable calé sous le bras, le visage rayonnant d’une assurance neuve, Frank Junior Deffo Tekam arpente l’amphithéâtre du JFN Hightech University Institute de Douala. Quelques minutes plus tôt, cet étudiant de l’École Nationale Supérieure Polytechnique de Douala a vu son nom propulsé au sommet du Challenge Zonal de l’Étudiant-Entrepreneur des régions du Littoral et du Sud-Ouest. Son projet, baptisé PALUSCAN+, exploite l’intelligence artificielle pour accélérer et sécuriser le diagnostic du paludisme à partir d’échantillons sanguins. Une innovation clinique concrète, née sur les bancs de l’université camerounaise.

​Ce vendredi 11 septembre 2026, la capitale économique abritait la cérémonie de clôture d’un marathon entrepreneurial de cinq jours. Sous la présidence du Ministre de la Jeunesse et de l’Éducation Civique (MINJEC), Mounouna Foutsou, en présence du représentant du Gouverneur du Littoral, cet événement a jeté un coup de projecteur sur une jeunesse qui refuse le statut de spectatrice économique.

​L’innovation technologique n’a pas été la seule à briller. Sur le podium des lauréats, la portée sociale des projets a marqué les esprits. God Love Ngango Deumeni, venu de l’Université de Buea, s’est hissé à la deuxième place grâce à son Vision Inclusive Center, une plateforme dédiée à l’autonomie éducative des personnes déficientes visuelles et auditives (transcription en braille, graphisme tactile et interprétation en langue des signes). Au total, sur les cinq projets primés, deux relèvent de l’économie numérique et deux autres du secteur industrie et artisanat — à l’instar de Pearleen Eko (Pearlescents) ou de Cynthia Muafo Lontsi, qui lance son atelier de confection textile en laine.

​Mais au-delà de la compétition académique, c’est l’insertion immédiate sur le marché du travail qui constituait le cœur du dispositif. Dans le cadre du programme Digital Youth Service Center (DYSC), 49 jeunes formés pendant 48 heures au marketing digital et aux outils d’IA ont reçu des équipements complets des mains du membre du Gouvernement : ordinateurs portables, tablettes, modems et forfaits Internet haute vitesse. L’objectif affiché est clair : leur permettre d’ouvrir sans délai leurs propres comptoirs de e-commerce.

« La Chambre des Icônes de l’Entrepreneuriat Jeune s’affirme comme un cadre de valorisation de l’excellence entrepreneuriale des jeunes… C’est une lourde responsabilité, qui appelle à plus d’ardeur au travail, à la persévérance, à l’excellence et à la solidarité, » a rappelé Mounouna Foutsou lors de son allocution.

Cette étape de Douala s’inscrit dans un déploiement plus vaste à l’échelle nationale, faisant suite aux étapes de Maroua en mars et de Kribi en mai dernier. En filigrane, les pouvoirs publics entendent orienter ces forces vives vers la souveraineté économique, notamment à travers le Plan Intégré d’Import-Substitution Agropastoral et Halieutique (PIISAH 2024-2026).

​Selon les chiffres présentés par la tutelle, le Plan Triennal Spécial-Jeunes (PTS-Jeunes), adossé au Fonds de Garantie aux Jeunes Entrepreneurs (FOGAJEUNE), affiche un bilan opérationnel de 14 829 projets financés sur le territoire national, générant plus de 44 400 emplois directs. Une dynamique financière renforcée par la très haute prescription présidentielle visant la mise en place d’un Plan spécial de Promotion de l’Emploi des Jeunes doté de 50 milliards de FCFA.

Abdoul Salam Moumini 

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