Groupement Yemvak-Yetchang : 81 Ans de Continuité et de Sagesse

Gazelle D'Afrique

Quand le Dja-et-Lobo Fixe les Yeux du Cameroun Traditionnel

Le 29 août 2026, Zoum s’apprête à écrire une page indélébile de l’Histoire du Cameroun traditionnel. Dans ce coin du département du Dja-et-Lobo, la transmission du pouvoir coutumier s’apprête à s’accomplir loin des tumultes des successions déchirées devant les tribunaux ou des incertitudes d’un deuil récent. Elle se fera de père en fils, dans la lumière, de son vivant. Un acte de haute sagesse, un manifeste de stabilité et de continuité qui oblige tout le pays à regarder vers le Sud. Pour saisir l’onde de choc de cet événement, qui fait vibrer les plateaux télévisés comme Tam Tam Weekend sur La Crtv, et « Il faut que ça bouge ! » Sur Zen Radio, et bien d’autres ; il faut accepter de plonger dans le temps long d’une lignée d’exception.

L’histoire moderne du Groupement Yemvak — qui rassemble les communautés Yemvack, Yetchang et Yembane de l’arrondissement de Sangmélima — prend racine en 1945. Sous l’administration coloniale, ériger un groupement au cœur des terres Ekang relevait de la survie culturelle. C’est le Patriarche Michel Engamba qui a relevé ce défi en devenant le premier chef, régnant pendant 28 années de défrichages et d’unification (1945-1973).

À sa suite, Sa Majesté Émile Engamba a repris le flambeau pour un règne d’une longévité exceptionnelle de 53 ans — le plus grand règne d’une chefferie dans la région du Sud. En additionnant ces destins, le groupement affiche un total stupéfiant de 81 ans de continuité lignagère sans vacance ni rupture. De Zoum à Ndjom, de Melen à Oveng, en passant par Nsimalene et Evindissi, Yemvak déploie ses multiples villages sous une seule et même âme, rappelant l’adage Ekang selon lequel « une rivière qui a oublié sa source se tarit ».

Dans la tradition Fang-Beti, la règle séculaire dicte que le pouvoir ne se prend pas, il se reçoit généralement sur le testament d’un chef défunt, perpétuant le dogme selon lequel le chef ne meurt pas mais disparaît. Pourtant, Sa Majesté Émile Engamba accomplit ce jour-là une rupture sacrée.

« On ne laisse pas la marmite sur le feu sans personne pour la surveiller. »

Transmettre de son vivant, c’est refuser le vide institutionnel et soustraire la chefferie aux appétits du lendemain. C’est choisir la sérénité du dialogue autour du feu de l’Aba’a plutôt que le tumulte des funérailles. Dans un renversement magnifique de la hiérarchie coutumière, l’ancien souverain deviendra le conseiller de son propre fils, prouvant que la véritable grandeur réside dans l’art d’accompagner après avoir guidé.

Sa Majesté Éric Engamba : La Synthèse Parfaite entre Tradition et Modernité

Le nouveau chef n’est pas un héritier de circonstance. Issu des bancs exigeants du Lycée Leclerc et du Collège de la Retraite, ingénieur commercial diplômé à Lille en 1996, Sa Majesté Éric Engamba incarne cette élite qui fait le choix radical du retour aux sources. Opérateur économique aguerri — actif dans la filière cacao, le BTP et le conseil en projets structurants —, il joint à la rigueur managériale la légitimité du sang. Élevé au rang de Chevalier de l’Ordre du Mérite camerounais en 2024, il réunit tout ce que le terrain exige aujourd’hui.

À l’approche de cette échéance, l’événement dépasse les frontières administratives et ethniques. Comme le soulignent le porteur de la communication officielle, Brandon Essame, il ne s’agit pas de changer de livre, mais de tourner la page d’un même ouvrage.

La mobilisation s’annonce grandiose : des majestés et des dignitaires traditionnels du Littoral, de l’Est, du Centre, de l’Ouest et même de l’Extrême-Nord s’apprêtent à converger vers Zoum. La présence annoncée d’autorités de premier plan, à l’instar de la puissante chefferie du village Mbanya de Douala et du Président en exercice du Conseil Panafricain des Autorités Traditionnelles et Coutumières (CPATC), confère à cette intronisation une résonance panafricaine inédite.

Le 29 août 2026 ne marquera donc pas seulement l’adoubement d’un chef de groupement ; ce sera la célébration vivante d’une Afrique enracinée dans ses valeurs, démontrant qu’une transition apaisée, sans procès ni effusion, est l’apanage des grands bâtisseurs de paix.

Arsène Nna 

 

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